À Madagascar, l'accord tant attendu signé entre sa voisine l'île Maurice et le Royaume-Uni au sujet de la rétrocession de l'archipel des Chagos a provoqué de nombreuses réactions. Après 45 ans de contentieux territorial, l'aboutissement des négociations entre Maurice et son ancien colonisateur suscite l'intérêt des Malgaches. Eux-mêmes réclament à la France la restitution des Îles Éparses, archipel initialement malgache mais demeuré français au lendemain de l'indépendance de la Grande Île en 1960. Précisions.
Et si Madagascar pouvait tirer parti, d'une manière ou d'une autre, de la rétrocession des îles Chagos à Maurice ? Beaucoup ici l'espèrent. « C'est un événement inédit, ici, dans l'océan Indien, souligne Harimanana Raniriharinosy, maître de conférences à l'université d'Antananarivo et responsable du département de sciences politiques à l'Université catholique de Madagascar.
« Et ça veut dire que tout est possible. La balle est désormais dans le camp malgache, puisque cette victoire mauricienne est une victoire des droits de l'homme. Madagascar doit s'en inspirer. Comment ? En faisant davantage prévaloir le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes », ajoute-t-il.
Des similitudes, mais aussi des aspects non comparables
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Pour les Malgaches, rappelle ce spécialiste de la géopolitique de l'océan Indien, les îles Éparses sont malgaches. La résolution de l'Assemblée générale des Nations unies de 1979 a explicitement reconnu la souveraineté de la Grande Île sur ces petites terres. Mais difficile, cependant, de calquer le cas mauricien sur le cas malgache.
« Il y a des nuances fondamentales entre ces îles, poursuit Harimanana Raniriharinosy. Les îles Chagos étaient habitées ; leur population en a été expulsée. Ce qui n'est pas le cas des îles malgaches. Puisqu'elles sont inhabitées, les conséquences en matière de droits humains sont différentes. D'autre part, nous n'avons pas suivi les mêmes étapes dans le processus de rétrocession. À l'inverse des Chagos, Madagascar ne compte pas, pour le moment, saisir la Cour internationale de justice, car ces îles lui appartiennent déjà ».
Pourquoi les Mauriciens, les Chagossiens... et pas les Malgaches ?
En coulisses, ici, on espère que les arguments gagnants de la voisine mauricienne serviront pour Madagascar. Les négociateurs envoyés le 30 juin à Paris pour la seconde rencontre de la commission mixte sur les îles Éparses devraient d'ici-là étudier de près les arguments gagnants de leur voisine.