Dans le district de Kotido (nord-est de l'Ouganda), où la terre est aride et le climat rude, une idée audacieuse fait son chemin. Arbre après arbre, femme après femme, Kotido passe d'un paysage de pénurie à un paysage de résilience. Confrontées à l'érosion des sols, à des précipitations irrégulières et à des conflits liés aux ressources, les communautés se tournent vers la plantation d'arbres, à la fois comme solution environnementale et comme symbole de paix.
Financé par le Fonds pour les changements climatiques en Afrique (ACCF), par l'intermédiaire du Groupe de la Banque africaine de développement, et mis en oeuvre par l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), le projet de « Renforcement de l'égalité des sexes dans l'accès aux ressources foncières pour l'adaptation transformatrice au changement climatique dans la région de l'IGAD » aide les femmes à mener une révolution verte. Ce projet vise à stimuler la résilience climatique transformatrice en matière de genre grâce à un accès équitable à la terre et à la sécurité foncière en Ouganda, au Kenya et à Djibouti.
Quand le climat rencontre le courage
À Kotido, à 500 kilomètres au nord de la capitale Kampala, une transformation par la reforestation est en cours, et les femmes sont au coeur de ces efforts.
Kotido fait office de site pilote avec un budget de 470 000 dollars. Cette initiative menée sur deux ans a déjà permis de former environ 130 femmes en zones rurales, membres de la société civile et dirigeants de district, leur permettant d'acquérir des compétences, des semences et de donner un nouveau sens à leur vie.
« Kotido est une région où les femmes sont essentielles à la survie, mais elles restent sous-représentées dans la prise de décision », souligne Jocelyn Bigirwa, cheffe de mission de l'IGAD en Ouganda et experte des questions de genre et de terres.
Avant le début des plantations, une étude de l'IGAD a révélé que les femmes constituaient la principale main-d'oeuvre (plantation, arrosage, récolte), mais qu'elles n'avaient que peu de contrôle sur les terres ou la planification agricole.
« Il était essentiel de former les femmes, mais aussi d'impliquer les dirigeants locaux et la société civile afin de briser les barrières bien ancrées », explique Mme Bigirwa.
Trois groupes de parties prenantes -- des coopératives de femmes, des représentants de la société civile et des responsables locaux -- ont reçu une formation sur mesure concernant l'action climatique à travers la plantation d'arbres.
« Pour la première fois, les ministères concernés -- celui des Terres, celui du Genre et celui de l'Environnement -- se sont réunis », se souvient Christine Okot, responsable principale des questions de genre au ministère ougandais du Genre. « Avant, nous travaillions tous avec les mêmes communautés, mais nous parlions des langues différentes. Le projet a comblé cette lacune. »
Ce pont, a-t-elle noté, est profondément enraciné dans un changement d'approche global.
« Avant, nous donnions des fonds aux femmes et appelions cela de l'autonomisation. Aujourd'hui, nous savons que la véritable autonomisation passe par la lutte contre la déforestation et le stress climatique, ainsi que par l'accès à la terre », affirme Mme Okot.
De greffière à défenseure de l'environnement
Peu d'histoires illustrent mieux cette transformation que celle de Jane Logel. Surnommée « Mama Jane », la greffière adjointe de la municipalité de Kotido est une éducatrice et mentore passionnée par l'environnement.
Tout au long de sa vie, Jane a été témoin de la diminution de la couverture forestière et de la hausse de la sécheresse. Plutôt que d'attendre le changement, elle l'a planté, littéralement. Après avoir suivi une formation de l'IGAD, elle est rentrée chez elle, déterminée à reverdir ses terres et à autonomiser les autres.
Aujourd'hui, son terrain autrefois aride abrite des pépinières, des bacs à compost et des potagers entretenus grâce à la conservation de l'eau. Les femmes de la région viennent chez elle pour s'inspirer de son succès, raconte Mme Logel. « Je partage toutes mes connaissances : la plantation, la conservation de l'eau et la manière de faire entendre notre voix. »
Mme Logel travaille également avec des agents de vulgarisation locaux et des écoles pratiques d'agriculture afin de garantir aux femmes l'accès à des semences et à un soutien continu. « C'est en partageant que nous progressons ; le savoir ne doit pas rester l'apanage d'une seule personne », insiste-t-elle. « Nous transformons nos terres et nos vies, une graine à la fois. »
La société civile comme catalyseur du changement
Le parcours de Jane Logel, de stagiaire à formatrice, a été soutenu par des organisations de la société civile (OSC) locales, qui ont fait le lien entre la politique gouvernementale et l'action locale. « Sans elles, la plantation d'arbres serait peut-être restée lettre morte », relève la cheffe de mission de l'IGAD en Ouganda. « Elles mobilisent, défendent et assurent la continuité. »
Mme Logel partage cet avis. « Les OSC nous ont aidés à rédiger des propositions, à obtenir des semences et ont même poussé le gouvernement à créer une pépinière municipale », indique-t-elle.
Ce soutien coordonné s'est étendu jusqu'aux plus hautes instances dirigeantes de Kotido. Le commissaire résident du district, Charles Ichogor, a déclaré le 3 avril « Journée de reboisement » à Kotido. « Il ne s'agit pas d'un événement ponctuel », précise M. Ichogor. « Il s'agit de redéfinir notre façon de penser la terre, le climat et les uns les autres. »
Une transformation menée par les femmes
Dans le village poussiéreux de Lokochil, Lina Lomadiko, une mère de 55 ans, conseillère municipale et militante communautaire, est devenue un symbole de résilience. « Je n'avais ni terre ni eau. Mais après la formation [de l'IGAD], j'ai créé une pépinière », raconte-t-elle. « Chaque arbre nous rapproche de l'eau, de la nourriture et de la paix. »
Inspirée par son leadership et sa détermination, sa communauté a suivi son exemple. Elle apprend à d'autres femmes à fabriquer un système d'irrigation simple à l'aide de bouteilles d'eau et anime des discussions sur les droits fonciers.
L'histoire de Lomakido a trouvé un écho. Kaya Christina Nakimwero, présidente du Forum des parlementaires ougandais sur la gestion des terres, estime que ce modèle est essentiel pour le développement à grande échelle. « Ce projet a réussi : les femmes, la terre et le climat dans un seul et même ensemble. Nous devons le reproduire », lance Mme Nakimwero. « L'adaptation au changement climatique ne fonctionne pas sans sécurité foncière. »
Financer un mouvement : le rôle de la Banque
Pour la Banque africaine de développement et le Fonds pour les changements climatiques en Afrique, cette initiative allait au-delà du simple financement. Il s'agissait de restaurer des environnements dégradés et de rééquilibrer la dynamique entre les genres.
« L'impact est visible », constate Bela Emile Kouakou, chargé de programme au secrétariat de l'ACCF au sein de la Banque. « Il y a des arbres là où il n'y en avait pas, des femmes qui dirigent là où elles étaient autrefois en retrait, et le gouvernement s'est approprié le projet. »
« Nous avons permis à un mouvement de voir le jour », se réjouit M. Kouakou, non sans fierté. « Nous devons maintenant veiller à ce qu'il perdure. »
Semer des graines d'espoir au-delà de Kotido
Si une telle transformation est possible à Kotido, pourquoi s'arrêter là ?
« Kotido a toujours été une première étape », annonce Mme Bigirwa, responsable de l'IGAD en Ouganda. « C'était un lieu profondément vulnérable, mais qui offrait aussi d'énormes possibilités. »
Conçu en collaboration avec les autorités locales et nationales, ce modèle est désormais prêt à être reproduit. Des plans sont en cours pour l'étendre à l'ensemble du corridor de transhumance de l'Ouganda et aux zones transfrontalières, en tirant parti du rayonnement régional de l'IGAD.
Une chose est sûre : lorsque les femmes ont accès à des connaissances, de l'espace et des semences, elles ne se contentent pas de cultiver des arbres, elles cultivent l'avenir.
« Le changement climatique ne connaît pas de frontières », rappelle Mme Bigirwa. « Les solutions ne devraient pas non plus en avoir. »