Le Mauritanien Dr. Sidi Ould Tah a été élu, ce 29 mai 2025 à Abidjan, président de la Banque africaine de développement (BAD), à l’issue du troisième tour de scrutin. Sa victoire, nette et stratégique, vient couronner une montée en puissance amorcée dès le second tour, où il a rallié une large coalition autour de sa candidature.
Lors de ce deuxième tour, Dr. Sidi Ould Tah a obtenu 48,42 % des voix, devançant nettement le Zambien Samuel Munzele Maimbo 36 %, tandis que le Sénégalais Amadou Hott a recueilli 9 %. La Sud-Africaine Swazi Tshabalala, arrivée en dernière position, a été éliminée du processus. Ce scrutin avait déjà pris une tournure décisive dès le premier tour. Le Zambien Maimbo s’était alors classé en tête avec 40,41 % des suffrages, suivi du Dr. Sidi Ould Tah 33,21 % et d’Amadou Hott 17,62 %. La Sud-Africaine Tshabalala avait obtenu 8,24 %, tandis que le Tchadien Abbas Mahamat Tolli, avec seulement 0,52 %, avait été éliminé d’entrée.
Fait notable, le Dr. Sidi Ould Tah s’est imposé comme le candidat des pays africains. Il a obtenu 47 % des voix régionales au premier tour, traduisant une volonté claire du continent de reprendre la main sur la gouvernance de l’institution panafricaine. À l’inverse, Samuel Maimbo a principalement bénéficié du soutien des pays non africains, actionnaires non régionaux de la BAD.
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Sa feuille de route précise et concise
Le mauritanien avait déjà bien déplié sa feuille de route, qu’il nomme « les 4 points cardinaux ». Il s’agit de mobiliser les capitaux à grande échelle. Par-là, il entend multiplier par 10 le volume des financements.
Le deuxième point consiste à réformer l’architecture financière africaine. Pour Dr Tah, le continent doit s’unir et parler d’une seule voix financière sur la scène mondiale. Il préconise donc une consolidation continentale des institutions et une réforme de la finance publique afin de développer une structure financière panafricaine.
En ce qui concerne le troisième point, il s’agit de transformer le dividende démographique en puissance économique. Pour cela, Dr Tah entend valoriser la force démographique du continent, majoritairement jeune, afin de formaliser l’économie informelle, de booster la montée en puissance des Petites et Moyennes Entreprises (PME), et de mettre en place des programmes ciblés d’entrepreneuriat.
Enfin, son dernier point consiste à industrialiser l’Afrique tout en valorisant ses ressources naturelles. A cet égard, Dr Sidi Ould Tah propose de voir l’Afrique non seulement comme un continent riche en ressources naturelles, mais plutôt comme une force industrielle capable de générer une valeur ajoutée significative.
Pour rappel, grâce à son leadership, la BADEA a acquis des notations de crédit de premier plan, telles que AA+/AAAA, entraînant une augmentation de ses actifs de 4 milliards de dollars, atteignant près de 7 milliards de dollars, et s’établissant ainsi comme un exemple d'excellence en matière d'opérations et de stratégie.
Il a mis en œuvre la première stratégie décennale de la Banque, « BADEA 2030 », et a formulé une vision à long terme avec « BADEA 2074 », alignant l'institution sur l'Agenda 2063 de l'Afrique.
Par ailleurs, durant son temps à la BADEA, il a été un acteur engagé pour une Afrique verte, en finançant des projets durables au sein de la sous-région.
En 2024, la BADEA a réussi à s'imposer sur le marché des capitaux pour la première fois avec l'émission d'obligations notées ESG d'une valeur de 500 millions d'euros, pour financer un avenir durable pour les générations futures en Afrique.
En pleine crise politique au Soudan, Dr. Tah a orchestré le transfert sans heurt du siège de la BADEA de Khartoum à Riyad, un exploit en matière de gestion de crise et de continuité institutionnelle.
Cette élection intervient dans un contexte géopolitique complexe, où les enjeux de souveraineté financière, de développement durable et de réforme institutionnelle sont au cœur des priorités africaines. La victoire de Sidi Ould Tah consacre ainsi un choix stratégique de l’Afrique pour une gouvernance plus ancrée sur ses propres priorités.
Après une campagne lourdement réalisée, les jours à venir seront axés sur un « travail bien acharné » afin de suivre la feuille de route réalisée par son prédécesseur Adesina.
