Madagascar: Le pays face à la prolifération de fausses nouvelles en ligne

À Madagascar, depuis un an, l'ONG Communication Idea Development, financée par l'Union européenne (UE), effectue une veille continue des discours haineux et des informations fausses ou incomplètes véhiculées massivement sur les réseaux sociaux. L'objectif est de promouvoir la liberté d'expression sur l'île et améliorer l'accès à une information fiable, non partisane et épurée des fausses informations et des discours clivants. Dans le cadre de ce projet, baptisé Manehoa, l'ONG publie régulièrement des rapports. Le dernier, sorti cette semaine, est particulièrement alarmant.

« Alors les gars, qu'est-ce qui a fait parler sur Facebook ces dernières 48h ? », lance Rado Ravalison, chef d'équipe « monitoring des médias » au sein de l'ONG CID. « En numéro 1, on a la présumée acquisition d'une maison à Paris par Andry Rajoelina, d'une valeur de 47 millions d'euros », lui répond une femme.

Dans la salle des analystes, occupée 24h/24 et 7j/7, les yeux sont rivés sur les écrans. C'est ici que sont consignés tous les posts Facebook qui véhiculent des discours haineux ou relèvent, entre autres, de la désinformation.

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« La désinformation se définit comme une information fausse ou trompeuse diffusée de manière intentionnelle et dans le but de nuire », explique Rado Ravalison, chef d'équipe « monitoring des médias » au sein de l'ONG CID. « D'après le rapport trimestriel que nous venons de publier, nous avons enregistré une hausse d'à peu près 205% des cas de désinformation en ligne », poursuit l'analyste.

Les fausses nouvelles touchent surtout la gouvernance

Une hausse spectaculaire, largement causée par la publication d'affirmations non fondées, sans aucune preuve tangible, pourtant présentées comme des vérités. Une stratégie qui repose sur l'indignation ou la peur, plus que sur des faits pour pousser les internautes à la réaction. Près de 9 cas de désinformation recensés sur 10 portent sur des affaires de gouvernance.

« Ces sujets suscitent énormément de discussions sur Facebook puisqu'à la base, ils comportent des zones d'ombre. Les Facebooker déforment, manipulent et surinterprètent les informations autour de ces thématiques. Et on s'en rend compte, plus il y a des zones d'ombre, plus il y a des spéculations et des interrogations, ainsi que des manipulations de l'information. »

Face à ces résultats, l'ONG CID compte renforcer ses campagnes de sensibilisation à la lutte contre la diffusion de fausses informations ou informations erronées, auprès de la communauté en ligne et notamment au sein des groupes Facebook monitorés où prolifèrent ces messages.

Une hausse de la violence en ligne

En parallèle de cette hausse des cas de désinformation, apparait également une explosion des cas de violences et de haine en ligne. Des cas, selon Fanny Rakotomamonjy, la directrice exécutive adjointe de l'ONG CID, qui ont été multipliés par quatre en l'espace de trois mois et qui risquent fort d'être dommageables pour la liberté d'expression, explique-t-elle au micro de Sarah Tétaud, notre correspondante à Antananarivo.

« Les principaux cas qui ont enflammé la toile sont des affaires de meurtre et de viol. Ce qui est vraiment marquant dans ce rapport, c'est la hausse vertigineuse des cas de discours haineux et particulièrement des appels à la violence, des appels à la vengeance. On a une hausse de presque 300% par rapport aux résultats du précédent rapport trimestriel. »

« Pour nous, ça reflète quelque part une crise de confiance envers la justice, envers les autorités et aussi une persistance d'un système de pensée, de stéréotypes vis-à-vis des femmes dans la communauté en général. Ça reflète également une banalisation de ce genre de discours, ce qui est vraiment grave. Et surtout, plus ces discours prolifèrent et plus ça peut amener les autorités à restreindre encore plus durcir les lois au nom de la sécurité de la population, ce qui risque de restreindre encore plus la liberté d'expression. »

« Nous, ce qu'on dit aux personnalités publiques et aussi aux autorités, au gouvernement, c'est "plus vous serez transparents, vous serez complets dans les informations que vous donnez, moins il y aura des risques de déformation et de manipulation de l'information". »

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