Le Kenya vient de perdre l'une de ses plus belles plumes. L'écrivain Ngugi Wa Thiong'o est décédé mercredi, aux États-Unis, à l'âge de 87 ans. Il avait écrit plus d'une trentaine de romans, pièces de théâtre et essais. Ngougui wa Thiong'o n'aura jamais reçu le prix Nobel pour lequel on le citait régulièrement, mais au Kenya, il reste « un géant des lettres ».
« Un géant des lettres ». C'est en ces termes que le président William Ruto a rendu hommage mercredi, sur X, à Ngugi wa Thiong'o. « Toujours courageux, il a eu un impact indélébile sur la façon dont nous pensons à notre indépendance », a estimé le chef d'État.
L'ancien opposant, Raila Odinga, parle quant à lui, du départ « d'un géant continental ». Ngugi wa Thiong'o « a illuminé l'âme de notre nation » poursuit le Premier ministre, Musalia Mudavadi.
Car Ngugi Wa Thiong'o était un écrivain courageux et engagé, d'abord contre la colonisation. Mais aussi plus tard contre l'ordre post-colonial. Ngugi wa Thiong'o reproche notamment au premier président kényan, Jomoh Kenyatta d'avoir trahi les idéaux de l'indépendance.
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Le choix d'écrire en kikuyu a coûté cher à Ngugi wa Thiong'o
L'année 1977 marquera un tournant pour l'écrivain. C'est là qu'il publie sa première oeuvre en kikuyu, sa langue locale. Je me marierai quand je veux, est une pièce qui aborde la lutte des classes dans un Kenya post-colonial. Ce choix linguistique coûtera cher à l'écrivain qui se retrouve emprisonné.
« Quand j'étais en prison, je me demandais. Pourquoi un gouvernement africain post-colonial me met dans une prison de sécurité maximale pour avoir écrit une pièce dans une langue africaine ? J'avais déjà écrit des oeuvres en anglais qui étaient critiques et jamais on ne m'avait enfermé. Il y a quelque chose qui cloche là. Et c'est là que j'ai commencé à penser à la colonisation. Le processus pour briser les peuples colonisés passait par la langue. Si vous supprimez leur langue, ils oublieront bientôt qui ils sont », disait Ngugi wa Thiong'o.
De son année d'enfermement, Ngugi wa Thiong'o tirera deux oeuvres : le Diable sur la Croix. Et puis, publié plus tard un essai intitulé Décoloniser l'esprit. Jamais l'écrivain n'a recommencé à écrire en anglais.