Afrique de l'Est: Ngũgĩ wa Thiong'o s'en est allé - Cinq choses à retenir sur un géant de la littérature africaine

analyse

L'un des auteurs les plus célèbres d'Afrique, Ngũgĩ wa Thiong'o, est décédé. L'écrivain et universitaire kenyan était âgé de 87 ans.

Après avoir publié son premier roman, Weep Not Child, en 1964, Ngũgĩ a mené une carrière riche et acclamée en tant qu'écrivain, enseignant et penseur décolonial. Sa dernière oeuvre, Kenda Muiyuru (Les Neuf Parfaits), une épopée en langue kikuyu, a été présélectionnée pour le prix international Man Booker 2021.

L'universitaire et écrivain kenyan Peter Kimani partage cinq choses à savoir sur cet écriavain africain légendaire.

Il était en phase avec son époque

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Ngũgĩ wa Thiong'o est considéré comme l'un des plus grands écrivains africains de tous les temps. Il a grandi dans les Hautes Terres blanches du Kenya, au plus fort de la colonisation britannique. Sans surprise, ses écrits examinent l'héritage du colonialisme et les relations complexes entre les populations locales en quête d'émancipation économique et culturelle et les élites locales qui servent d'agents des néocolonialistes.

Dès sa pièce phare The Black Hermit, il saisit les espoirs placés dans l'indépendance et la déception qui s'en est suivie. Ses oeuvres de fiction, depuis la trilogie fondatrice Weep Not, Child, The River Between ou A Grain of Wheat expriment d'abord l'enthousiasme de l'époque, avant que Petals of Blood ne marque le passage au désenchantement.

Il a contribué à réécrire l'histoire de l'Afrique

La fiction africaine est relativement récente. Ngũgĩ fait partie du panthéon des écrivains du continent qui ont émergé avec les grands mouvements de luttes de libération. Dans une certaine mesure, ces écrivains ont participé à la construction de nouveaux récits qui allaient définir leur peuple. Mais la reconnaissance de Ngũgĩ va au-delà de son rôle de pionnier dans son pays. Il s'est surtout fait connaître par sa manière unique de raconter le quotidien des Africains, toujours avec justesse et avec une fidélité constante aux idéaux d'égalité et de justice sociale.

Il a ainsi marqué les esprits par ses écrits théoriques. Son ouvrage, Decolonising the Mind, aujourd'hui un texte fondateur des études postcoloniales, illustre sa polyvalence. Il savait mêler l'art du récit à l'analyse de la dimension politique de la littérature marginalisée. Cette capacité à combiner pensée critique et talent narratif est exceptionnelle.

Enfin, on pourrait évoquer l'activisme culturel et politique de Ngũgĩ. Celui-ci lui a valu une détention d'un an sans procès en 1977. Il attribuait cette détention à son rejet de l'anglais et à son choix d'utiliser la langue gikuyu comme moyen d'expression.

Ses oeuvres les plus marquantes font débat

Il est difficile de choisir un seul livre parmi la vingtaine écrite par Ngũgĩ. Mais A Grain of Wheat, est souvent cité par les critiques. Il figure parmi les 100 meilleurs romans africains du 20e siècle. Il est salué pour sa richesse stylistique et la complexité de ses personnages.

Pour certains critiques, ce roman marque un tournant : ce serait le dernier avant que l'oeuvre de Ngũgĩ ne devienne très politique. Pour d'autres, c'est Wizard of the Crow, publié en 2004 après près de deux décennies d'attente, qui résume le mieux sa finesse créative. C'est un roman foisonnant de tropes littéraires, notamment le réalisme magique. Il y aborde les travers du pouvoir et du développement en Afrique, tels que les manoeuvres des élites pour conserver le pouvoir.

Ses ouvrages ont été traduits dans plus de 30 langues à travers le monde.

Il a cessé d'écrire en anglais en 1977

Sans Ngũgĩ et d'autres pionniers, la littérature africaine serait bien différente. Il a été une figure majeure des études postcoloniales. Il a été au coeur des débats sur les langues en Afrique. Il n'a cessé de remettre en question la place dominante de la langue et de la culture anglaises dans le discours national au Kenya. Il a même contribué à faire remplacer le département d'anglais de l'université de Nairobi par un département de littérature centré sur les auteurs africains et de la diaspora.

Il n'a jamais posé la plume

Même à un âge avancé, Ngũgĩ continuait d'écrire. Dans le troisième tome de ses mémoires, Birth of a Dreamweaver, il revient sur ses années à l'université Makerere en Ouganda. C'est à cette époque qu'il a publié ses romans Weep Not, Child et The River Between, alors qu'il était encore étudiant. C'est également à cette époque qu'il a écrit la pièce The Black Hermit, qui a été jouée dans le cadre des célébrations de l'indépendance de l'Ouganda en 1962.

Dernièrement, il s'était attelé à retravailler ses premiers écrits en kikuyu. Il avait arrêté d'écrire en anglais en 1977 pour se consacrer à sa langue maternelle.

Pendant plusieurs années, Ngũgĩ a été pressenti pour le prix Nobel de littérature. Mais les délibérations du comité Nobel restent secrètes pendant 50 ans. Il faudra donc attendre longtemps pour savoir pourquoi il n'a jamais été récompensé, malgré l'estime que beaucoup lui portaient.

Cet article a été mis à jour. Il a été publié pour la première fois en 2016.

Peter Kimani, Professor of Practice, Aga Khan University Graduate School of Media and Communications (GSMC)

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