Ethiopie: Le FMI a affirmé que la Banque centrale éthiopienne mène une réforme transformatrice.

Addis-Abeba — Selon le FMI, l'Éthiopie a pris des mesures historiques pour remédier aux déséquilibres macroéconomiques tout en favorisant une croissance durable.

Au cours de l'année écoulée, l'Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé d'Afrique, a engagé une transformation complète de ses régimes monétaire et de change.

Récemment, le pays a libéralisé son régime de change, adopté un taux de change plus flexible, adopté une politique monétaire basée sur les taux d'intérêt et mis fin au financement de l'État par la banque centrale.

Parallèlement, la Banque nationale d'Éthiopie modernise son cadre juridique et son organisation interne qui visent à remédier aux graves pénuries de devises et à l'inflation, créant ainsi les conditions d'une croissance forte et durable.

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Les autorités s'attaquent également aux contraintes budgétaires, aux vulnérabilités financières des entreprises et des banques publiques, et à la restructuration de la dette souveraine, tout en atténuant les impacts sociaux et en gérant les pressions humanitaires.

Le FMI soutient les efforts de réforme de l'Éthiopie grâce à un accord de facilité élargie de crédit de 3,4 milliards de dollars sur quatre ans.

Lors des réunions de printemps 2025 du FMI et de la Banque mondiale, Mamo Mihretu, gouverneur de la Banque nationale d'Éthiopie, a discuté de ces réformes clés avec Abebe Aemro Selassie, directeur du département Afrique du FMI.

Voici une transcription révisée de la conversation, qui mettent l'accent sur les points clés.

Abebe Aemro Selassie : L'Éthiopie mène actuellement d'importantes réformes qui remodèlent son paysage économique. Pouvez-vous nous donner un aperçu de la situation économique avant ces réformes ?

Mamo Mihretu : Après deux décennies de croissance économique soutenue, principalement tirée par l'investissement public, l'Éthiopie était confrontée à des déséquilibres macroéconomiques insoutenables. La dépendance de l'État envers les créanciers extérieurs, la grande banque publique et la NBE a entraîné des pénuries de devises, un accès limité au crédit pour le secteur privé, une forte inflation, des risques pour la stabilité financière et des vulnérabilités liées à la dette.

Abebe Aemro Selassie : Quels sont les principaux objectifs du programme de réformes engagé par l'Éthiopie ?

Mamo Mihretu : Nous avons lancé notre programme de réformes économiques locales en 2019. Ces réformes visaient à s'attaquer de manière fondamentale, audacieuse et définitive aux sources d'instabilité macroéconomique en Éthiopie et à créer un environnement beaucoup plus ouvert, propice aux investissements et au secteur privé. Ces objectifs sont essentiels à notre programme de création d'emplois qui permettra d'accroître les revenus et d'améliorer les conditions de vie.

Abebe Aemro Selassie : Pouvez-vous nous présenter certaines des réformes clés de la politique monétaire éthiopienne ?

Mamo Mihretu : Nous avons procédé à des changements historiques, notamment la révision de la loi sur la Banque centrale afin de privilégier la stabilité des prix. Nous avons instauré un taux directeur, mis en oeuvre des opérations d'open market pour la gestion des liquidités auprès des banques et créé un Comité de politique monétaire chargé de conseiller sur les décisions de politique monétaire, en nous appuyant sur des évaluations complètes de la conjoncture économique. Les taux d'intérêt sont désormais positifs en termes réels. L'inflation est passée de 30 % à 13 %.

Abebe Aemro Selassie : Qu'en est-il des réformes liées au change ? Quels changements ont été mis en oeuvre ?

Mamo Mihretu : L'Éthiopie dispose d'un régime de change basé sur le marché pour la première fois depuis cinq décennies. Nous avons libéralisé de manière exhaustive les transactions de change et supprimé l'obligation de reverser les recettes d'exportation à la BNE. Les premiers résultats sont prometteurs ; nous prévoyons un doublement des exportations et avons déjà triplé nos réserves de change, tandis que la disponibilité des devises a également augmenté.

Abebe Aemro Selassie : La communication semble être un aspect essentiel de votre stratégie de réforme. Pouvez-vous nous en parler ?

Mamo Mihretu : Il est essentiel de renforcer la crédibilité et la confiance. Nous investissons dans une communication transparente et suivons activement la dynamique du marché. En maintenant des canaux de dialogue ouverts avec les parties prenantes, nous souhaitons créer un environnement favorable à ces réformes.

Abebe Aemro Selassie : Quels enseignements tirez-vous de votre expérience dans la mise en oeuvre de ces réformes ?

Mamo Mihretu : Plusieurs enseignements clés ressortent. Premièrement, la préparation et la coordination entre les agences gouvernementales sont cruciales. Deuxièmement, le séquençage des réformes est important ; il contribue à maintenir la stabilité et à gérer les attentes du public. Enfin, l'adaptation à l'évolution de la conjoncture économique est essentielle à la réussite de tout effort de réforme.

Abebe Aemro Selassie : Quelles sont les prochaines étapes pour l'Éthiopie en termes de réforme et de développement économique ?

Mamo Mihretu : Nous devons approfondir les réformes actuelles de la politique monétaire, alors que nous évoluons vers une véritable politique monétaire basée sur les taux d'intérêt. Nous travaillons également à l'approfondissement du marché des changes. Plus important encore, nous nous attaquons résolument à l'instabilité macroéconomique afin de créer les bases solides d'une croissance durable.

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