Sur les Hauts-Plateaux malgaches, l'hiver austral est arrivé. Les températures fraîches que redoutent tant les sans-abris ont fait leur apparition. Dans les rues et sur les trottoirs de la capitale, Antananarivo, qui n'ont jamais autant été pris d'assaut par une population en manque de tout, on s'organise comme on peut pour se protéger du froid mordant.
Il est 18 heures, la nuit est tombée sur la capitale de Madagascar, Antananarivo, et avec elle le froid et le vent sont arrivés. La température a chuté de 21 à 10 degrés en quelques heures. « Rivo, tu peux demander aux enfants d'aller à la benne trouver du charbon ? », lance Cella. « Ok, j'y vais », reprend son mari.
Cella et son mari sont ce qu'on appelle les « propriétaires » d'une benne à ordures. En clair, ils travaillent dans la benne, à la recherche de déchets réutilisables et revendables, et de nourriture encore bonne à consommer. Ils se sont construits leur abri de fortune à 5 mètres du bac qui leur assure leur survie.
« Il fait froid cet hiver. Encore plus cette année, on dirait, constate Cella. La nuit, on est obligé de s'insérer dans des sacs-poubelle et de mettre le drap par-dessus pour se protéger du froid. "Maman, j'ai encore froid", se plaignent mes enfants. Mais toi, tu ne peux rien faire, que les écouter, parce que tu n'as rien d'autre à leur proposer. »
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« Notre vie est misérable »
Son rire, c'est pour mieux retenir les larmes qui embuent ses yeux. Son corps porte les stigmates d'une vie de débrouille et de résistance passée dans la rue. Pourtant, la mère de famille ne regrette en rien sa vie d'avant, lorsqu'ils étaient, dit-elle, de « vrais sans abris » et qu'ils logeaient sur le trottoir de l'un des deux tunnels de la capitale. « On peut dire qu'on vit mieux ici que dans le tunnel d'Ambanidia. Parce que là-bas, on n'avait que le ciel comme couverture, et non pas de sachet pour nous couvrir. Désormais, même si on dort sous un toit en sachet, on a un peu plus d'intimité. Et on n'a plus à subir le regard des passants », poursuit Cella.
Son mari, Rivo, cherche pieds nus dans la benne, des flacons et bouteilles en plastique pour remplir le sac qui leur assurera leurs 3 000 ariarys / hebdomadaire, soit 60 centimes d'euros, une partie de leurs revenus. « Le plus dur, c'est le froid et ce travail de survie dans la benne. Notre vie est misérable, mais aller dans un centre d'urgence ne me convient pas. On a essayé d'y aller une fois il y a trois ans, quand on n'avait plus rien à manger, mais on a été pris de haut et refusés. C'est humiliant. Je ne veux dépendre de personne. En attendant de trouver un autre travail, je dois endurer », constate Rivo.
La capitale ne compte plus que deux centres d'hébergement d'urgence pour les familles. Mais l'insalubrité et l'insécurité qui y règnent ôtent souvent toute envie de venir s'y réfugier.