Dans une démarche visant à redéfinir les perspectives économiques de l'Afrique, des centaines de délégués se sont réunis le 14 mai dernier à Lomé, au Togo, afin d'adopter une position commune sur la viabilité de la dette, une mesure audacieuse visant à repenser la manière dont l'Afrique gère et optimise sa dette publique.
La Déclaration de Lomé sur la dette africaine, fruit de plusieurs décennies de travail, a été finalisée à l'issue d'une conférence de trois jours, organisée par l'Union africaine, le gouvernement togolais, la Banque africaine de développement et l'Agence allemande de coopération internationale (GIZ).
La conférence, tenue à l'Hôtel 2 Février sur le thème « Programme de gestion de la dette publique de l'Afrique : restaurer et préserver la viabilité de la dette », a été marquée par un appel pressant au changement lancé par plusieurs dirigeants africains.
Le président du Togo, Faure Gnassingbé, hôte de la conférence, a qualifié ce moment de tournant potentiel. « La dette doit devenir un outil de développement, et non un carcan budgétaire. », a-t-il déclaré. Le président ghanéen John Mahama a appelé à agir sur « l'un des défis majeurs de notre génération », tandis que le président zambien Hakainde Hichilema, s'exprimant par vidéo, a réitéré l'urgence d'une réforme.
Leur message commun était clair : l'Afrique ne doit plus être perçue comme un débiteur en quête d'allègement, mais comme un partenaire exigeant des réformes et l'équité dans le système financier mondial.
Le commissaire de l'Union africaine, Moses Vilakati, a réaffirmé l'ambition politique de cette conférence, déclarant que l'Afrique devait quitter Lomé « avec une voix unifiée et un plan d'action concret pour faire en sorte que la dette devienne un moteur de progrès et non un piège ».
Claver Gatete, secrétaire général adjoint des Nations unies et chef de la Commission économique pour l'Afrique, a souligné la nécessité d'une plus grande transparence budgétaire, d'une restructuration de la dette et d'innovations, notamment des outils tels que les obligations vertes et bleues.
Le vice-président et économiste en chef du Groupe de la Banque africaine de développement, Kevin Urama, représentait à cette occasion le président de l'institution, Akinwumi Adesina. Il a exhorté les décideurs politiques à agir avec audace : renforcer la gouvernance de la dette, investir dans la mobilisation des recettes intérieures et développer des marchés de capitaux qui servent au mieux les économies africaines. Il a souligné la nécessité de solutions locales, soutenues par des institutions solides et une coopération régionale.
M. Urama a également mis en avant les principales initiatives de la Banque africaine de développement visant à renforcer les capacités de gestion de la dette sur le continent :
- Le Réseau des gestionnaires de la dette publique en Afrique (ADMIN), lancé en 2024.
- Le Forum sur la gestion de la dette pour l'Afrique (DeMFA, acronyme en anglais pour Debt Management Forum for Africa), lancé plus tard dans l'année.
- L'Académie de gestion des finances publiques pour l'Afrique (PFMA), créée en 2022.
Ces initiatives, a-t-il précisé, aident les pays africains à partager leur expertise, à renforcer leurs institutions et à adapter les pratiques financières internationales aux différents contextes africains.
Pendant trois jours, les participants à la conférence ont exploré des thèmes tels que la notation de crédit, la restructuration de la dette, le contrôle législatif et le renforcement des capacités, avec un thème général : l'Afrique doit prendre le contrôle de son destin budgétaire.
L'un des résultats les plus marquants de la coopération récente entre l'Union africaine et la principale organisation financière de développement en Afrique a été la création de trois nouvelles institutions panafricaines :
- Le Mécanisme africain de stabilité financière.
- Le Fonds monétaire africain.
- L'Agence africaine de notation de crédit.
Toutes trois ont été officiellement approuvées lors du 38e Sommet de l'Union africaine à Addis-Abeba en février 2025 et sont considérées comme des étapes essentielles vers une plus grande souveraineté financière.
La conférence de Lomé s'est conclue par un appel à l'Afrique pour qu'elle milite en faveur d'une Convention-cadre des Nations unies sur la dette souveraine, qui fournirait un mécanisme mondial plus équitable et plus efficace pour gérer et résoudre les crises de la dette.
Télécharger la Déclaration de Lomé sur la dette africaine sur ce lien.