La CEDEAO et l’AES ouvrent-elles une nouvelle page de leur histoire, au regard des développements récents survenus entre les deux entités de la sous-région ouest-africaine ? La question est bien posée aujourd’hui, mais elle n’en reste pas moins empreinte d’une terrible interrogation. Tout ça pour ça ?
En effet, le dénominateur commun à la volonté des pays de l’AES d’aujourd’hui, qui naguère étaient piliers de la CEDEAO, et à cette dernière, du moins au regard des textes qui les régissaient, était le devoir de solidarité, notamment en vertu de l’art. 4 du traité révisé portant « principes fondamentaux » aux alinéas a et b, qui disposent respectivement de la « solidarité et de l’autosuffisance collective » d’une part, et de « la non-agression entre États membres » d’autre part.
Comment en est-on arrivé là ? Pis pourquoi a-t-on laissé se détériorer les relations entre ces pays de l’AES et la CEDEAO pendant plus de deux ans sans qu’aucune initiative majeure ne soit entamée pour éviter l’irréparable ?
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Pour beaucoup d’observateurs, la raison est toute simple. L’autonomie de la volonté a manqué. La CEDEAO n’a pas internalisé ses positions d’alors, pour ne pas dire qu’elles étaient dictées.
En vérité, si les pays de l’AES ont préféré partir de la CEDEAO (il ne s’agit nullement de justifier leur acte), il faut se rappeler que les populations victimes des agressions multiples des troupes djihadistes ont à un moment interpellé l’inaction de leurs dirigeants. On se souvient en effet de la fameuse marche des épouses de militaires au front au Mali sous Ibrahim Boubacar Keita, pour demander que leurs soldats de maris soient mieux équipés pour faire face.
Au Burkina aussi, on a assisté à une instabilité gouvernementale, notamment avec le limogeage des ministres de la Défense sous le magistère de Roch Marc Christian Kaboré, sans que l’armée soit encore malmenée par des rebelles, au point que des corps hybrides de volontaires pour la défense de la patrie se sont constitués, sans de réels succès.
Ne parlons pas du Niger dont l’immense territoire ne permet pas, sans des moyens logistiques et opérationnels conséquents à sa portée, de faire face aux différents groupes djihadistes qui essaiment dans la bande du Sahara extrêmement poreuse depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi.
Par conséquent, la question sécuritaire a été une lame de fond qui a déséquilibré tous ces régimes, et les appels à l’aide, à la solidarité vis-à-vis de la CEDEAO sont restés vains. Faute de mécanismes adéquats pour sauver des régimes démocratiquement élus, les militaires, dont c’est le métier de faire la guerre, ont pris le pouvoir dans un contexte de grande pauvreté.
A-t-on pour autant réussi à vaincre ce péril djihadiste ? Assurément non, malgré de grandes avancées dans la lutte contre cette vague terroriste dont les pratiques hors normes continuent de semer la mort.
C’est aujourd’hui au nom du principe de réalité que, le 22 mai 2025 à Bamako, lors d’une réunion entre la CEDEAO, représentée par le Président de la Commission, et les ministres des Affaires étrangères de l’AES pour préparer le retrait définitif des instances de la CEDEAO, ils ont convenu d’« agir ensemble pour lutter efficacement contre le terrorisme ».
Tout le monde s’est rendu compte que la lutte contre le terrorisme est extrêmement complexe, et qu’en estimant que les questions de démocratie formelle qui étaient brandies pour décerner un brevet de légitimité ne sont rien, si la stabilité des pays en question, dont les frontières devenues poreuses du fait du précédent communautaire de la libre circulation (qui demeure d’ailleurs) n’est pas assurée.
Au départ, c’étaient les trois pays de l’AES, aujourd’hui le Bénin, la Côte d’ivoire, le Togo, et certains pensent même au Sénégal, sont en proie à la poussée djihadiste, imposant de fait une action collective, un réflexe collectif, devrait-on dire.
La CEDEAO ne saurait se soustraire à cette dynamique déjà initiée par l’AES et qui, renforcée, devrait normalement permettre de mobiliser des forces à la hauteur de la menace pour faire face. Il y va de la survie des régimes démocratiques. Une piste de coopération pour garder le cordon ombilical, n’est-ce pas ?