Afrique: Les droits des travailleurs en chute libre dans le monde, selon la Confédération syndicale internationale

Les droits des travailleurs ont continué de se dégrader à travers la planète, selon l'indice publié par la Confédération syndicale internationale. Quarante pays ont récolté la pire note, soit 12 pays de plus en un an. Seuls sept pays respectent les droits des travailleurs, mais cette liste de bons élèves se réduit d'année en année. L'Europe et les Amériques enregistrent leur pire score depuis le lancement de l'indice.

Les droits des travailleurs sont en danger, selon la Confédération syndicale internationale. Sept pays voient leur note se détériorer (Argentine, Costa Rica, Géorgie, Italie, Mauritanie, Niger, Panama), tandis que seuls trois la voient s'améliorer (Australie, Mexique et Oman).

Dans plus de 80% des 151 pays étudiés en 2024, le droit de grève ou le droit de négociations collectives a été violé. Dans trois pays sur quatre les travailleurs ont été privés du droit de liberté syndicale, du droit de s'organiser ou de l'accès à la justice. Dans un pays sur deux, des représentants des travailleurs ont été arrêtés ou incarcérés. Dans un pays sur quatre, ils ont subi des violences.

L'arrivée de l'extrême droite dégrade les droits des travailleurs

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L'Europe reste la région la moins répressive pour les travailleurs. Mais leurs droits se dégradent. La région enregistre, avec les Amériques, son pire score depuis le lancement de l'indice il y a onze ans. L'Italie et la Finlande sortent de la liste des bons élèves avec l'arrivée au pouvoir de coalitions d'extrême droite, qui restreignent le droit de grève, tandis que la Belgique a le projet de restreindre celui de manifester. Dans les Balkans, ce sont les entreprises qui empêchent la formation de syndicats autonomes. En Russie, les syndicalistes font l'objet d'intimidation et de harcèlement. En Biélorussie, ils sont qualifiés de terroristes.

Dans les Amériques, c'est l'Équateur qui malmène le plus ses travailleurs. Les syndicalistes y sont régulièrement menacés de mort. Ailleurs, des manifestations ont été réprimées de l'Argentine au Brésil en 2024 et les pratiques antisyndicales se sont multipliées dans les entreprises, du Salvador au Costa Rica. Aux États-Unis, les décrets de Donald Trump privent désormais des dizaines de milliers de travailleurs fédéraux de protection et paralysent l'agence chargée de faire respecter les droits du travail.

« Nous assistons actuellement à un véritable coup d'État contre la démocratie, alerte le rapport, un assaut concerté et persistant mené par les entreprises qui menacent la démocratie et par les autorités publiques, qui portent atteinte aux droits et au bien-être des travailleurs. Ces attaques sont de plus en plus souvent orchestrées par des démagogues d'extrême droite soutenus par des milliardaires, déterminés à réorganiser le monde pour servir leurs propres intérêts, aux dépens des travailleurs ordinaires ».

Le Nigeria entre dans la liste des dix pires pays

En Afrique, la situation s'est également détériorée, c'est le deuxième plus mauvais résultat du continent depuis onze ans, avec des violations systématiques. Les manifestations ont été réprimées en Afrique du Sud, au Cameroun, où des syndicalistes ont été tués, et en Mauritanie, pays dont la note a baissé cette année. Les employeurs ont multiplié les entraves au droit syndical en Éthiopie, en Guinée et au Sénégal. Les autorités militaires en Afrique de l'Ouest ont empêché les syndicats de fonctionner librement. La note du Niger a également baissé.

Le Nigeria est de son côté entré dans la liste des dix pires pays au monde pour les droits des travailleurs (aux côtés du Bangladesh, de la Biélorussie, de la Birmanie, de l'Égypte, de l'Équateur, des Philippines, du Swaziland, de la Tunisie et de la Turquie), depuis la répression des syndicalistes nigérians, au moment des grandes grèves et manifestations contre la vie chère de l'an dernier, qui a même vu l'irruption de forces de sécurité lourdement armées au siège de la confédération syndicale NLC.

Moyen-Orient et Asie toujours à la traîne

Malgré quelques améliorations au cours des trois dernières années, les pires régions pour les droits des travailleurs demeurent cependant, selon la Confédération syndicale internationale, le Moyen-Orient, élargi à l'Afrique du Nord, et l'Asie-Pacifique. Le rapport pointe les obstacles à l'enregistrement des syndicats en Égypte, les restrictions des droits des migrants dans les pays du Golfe, le projet de loi portant atteinte au droit de grève au Maroc, ou l'accord de recrutement de main-d'oeuvre entre l'Arabie saoudite et la Somalie pour préparer la Coupe du monde de football 2034, sans garantie de protection des employés.

En Asie-Pacifique, « les travailleurs demeurent confrontés dans toute la région à des niveaux préoccupants d'abus et d'oppression », déplore la Confédération syndicale internationale, avec le harcèlement des dirigeants syndicaux au Cambodge et à Hong Kong, leur emprisonnement en Birmanie ou en Iran, et la répression violente des grèves au Bangladesh.

Les lois sur les agents étrangers, outil de répression

Outil de répression utilisé désormais aux quatre coins de la planète, les lois sur les agents étrangers criminalisant la collaboration avec des syndicats étrangers ou des organisations étrangères de défense des droits humains se sont multipliées, note le rapport, de l'Algérie à la Russie en passant par Hong Kong, le Kenya, l'Ouganda et les Philippines.

Sans trop de surprise, les sept pays qui respectent encore les droits des travailleurs selon cet indice sont l'Allemagne, l'Autriche, le Danemark, l'Irlande, l'Islande, la Norvège et la Suède. Mais ils étaient 18 en 2014.

Le rapport salue néanmoins les progrès du Mexique, qui a réformé son système de justice du travail, et d'Oman avec son mécanisme de règlement des différends. Il applaudit aussi les quelques victoires syndicales l'an dernier. En Côte d'Ivoire, les employés de DHL ont pu élire leurs premiers représentants. En Indonésie, les recours des syndicats ont mis en échec une loi qui précarisait davantage les employés en contrat temporaire et menaçait les indemnités des travailleurs en cas de faillite.

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