Tunisie: Austérité ou gouvernance ? - Le vrai choix pour le pays

Depuis 2012, chaque loi de finances s'est accompagnée d'un même refrain : la Tunisie doit engager des « réformes douloureuses ». Mais derrière cette formule figée se cachait une réalité bien plus complexe. Et si le vrai problème n'était pas un excès de dépenses, mais un manque de gouvernance ? Poser la bonne question, c'est déjà faire un pas vers une réforme crédible.

Des réformes sans vision, ni débat

Depuis plus d'une décennie, la Tunisie semble enfermée dans un cycle infini de réformes dites « structurelles », dictées par l'urgence budgétaire et encouragées par les institutions financières internationales. Sous couvert de «rigueur», ces réformes prennent souvent la forme de mesures automatiques : coupes budgétaires, gel des recrutements dans la fonction publique, réductions progressives des subventions, hausse des taxes, etc.

Mais ces décisions, censées rétablir les équilibres, étaient trop souvent prises sans étude d'impact, sans concertation, ni réel débat public. Résultat : elles ont été perçues comme injustes, imposées et arbitraires.

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Ce n'était pas la douleur en soi qui a rendu ces réformes inacceptables, c'était le sentiment d'injustice qu'elles ont suscité. Demander des sacrifices aux citoyens suppose a minima qu'on leur explique pourquoi ceux-ci devront être consentis, les bénéfices qu'on peut en tirer, selon quels critères ces réformes seront conduites, dans quelle perspective et avec quelles garanties d'équité celles-ci seront menées. Or, trop souvent, ces réponses manquaient.

Réformer sans données, ni capacités administratives ?

Une réforme juste n'est possible que si elle s'appuie sur une administration moderne, des données fiables et un minimum de pilotage. Le constat de l'état de fait nous enseigne, hélas, que ces préalables manquaient cruellement. Comment, dès lors, s'assurer que la suppression d'une subvention profite effectivement aux plus vulnérables ? Comment évaluer les effets réels d'une mesure sur les inégalités ? Et surtout, comment regagner la confiance des citoyens, quand l'Etat improvise et accumule les promesses non tenues ?

Le problème n'était pas le volume du budget, mais les modalités de sa gestion. Le mal se logeait dans la mauvaise allocation des ressources, le gaspillage, le manque de transparence. L'impôt pesait sur ceux qui déclaraient, pas sur ceux qui détiennent la vraie richesse. Les subventions ne sont pas injustes en soi : elles le deviennent quand leur ciblage est inefficace, voire contre-productif.

La douleur n'est pas une politique publique

On ne gouverne pas un pays par la douleur. Celle-ci traduit souvent le manque de stratégie, d'anticipation et de concertation. Les pays qui réussissent leur transition économique misent sur la justice sociale, la transparence et le dialogue. Ce sont des choix politiques, pas des fatalités techniques. La Tunisie n'échappera pas à la nécessité de réformes. Mais celles-ci doivent être planifiées, évaluées, discutées. Elles doivent surtout être portées par une équipe crédible, compétente et dotée d'un mandat clair.

Réformer d'accord, mais d'abord bien gouverner

Réformer est indispensable. Mais dans un pays où la gouvernance est approximative, réformer sans bien gérer revient à punir sans corriger, ce que notre pays ne peut plus se permettre. Ce dont la Tunisie a le plus besoin aujourd'hui, ce n'est pas d'un agenda de rigueur imposé de l'extérieur, mais plutôt d'un sursaut national, d'un retour à l'exigence dans la gestion publique, d'un Etat stratège capable de rétablir la confiance entre ses institutions et ses citoyens.

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