C'est une consécration pour la scène créative malgache : le plasticien Joël Andrianomearisoa, 47 ans, grande figure de l'art contemporain, entre au Metropolitan Museum of Art (MET) à New York. Trois oeuvres de sa série « Les Herbes folles du vieux logis », emblématiques d'un univers façonné par le textile et l'intime, sont exposées depuis le 31 mai 2025 dans l'aile du MET tout juste rénovée et consacrée aux arts d'Afrique. C'est la première fois qu'un artiste malgache intègre les prestigieuses collections de cette institution.
Comme des lames souples, des bandes de tissu déferlent à la verticale. Sur fond noir, elles découpent subtilement l'oeuvre par un dégradé de tons dorés, ocres, et bruns cuivrés empruntés aux terres de Madagascar. La pièce textile intègre, aux côtés de deux de ses dessins préparatoires, les galeries du Metropolitan Museum of Art (MET) sur un don d'Hasnaine Yavarhoussen, homme d'affaires malgache, ami et mécène de l'artiste.
Comme toujours, raconte Joël Andrianomearisoa, son oeuvre s'enracine à Madagascar mais s'ancre résolument ailleurs : « Les textiles utilisés dans la pièce viennent du monde entier. Plusieurs géographies interviennent en termes de texture et de qualité du textile. Mais tout se retrouve à Madagascar pour la production et la fabrication de l'oeuvre. »
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Pour l'artiste, l'entrée d'un nom malgache au musée new-yorkais n'est pas une fin en soi. Ce qui compte le plus, c'est la reconnaissance de l'art contemporain au sein d'une collection d'arts africains : « Le MET n'est pas directement un musée d'art contemporain. Dans ses galeries, la vraie question, c'est d'entrer dans ces collections en étant vivants et en étant encore aussi actif. C'est de confronter des oeuvres patrimoniales qui sont figées dans un temps avec des oeuvres contemporaines, qui posent la question du présent et celle du futur. Ça, c'est un vrai sujet de nouveauté. »
L'artiste confirme son rôle de locomotive dans l'affirmation d'une scène artistique malgache à travers le monde et à l'intérieur même du pays, où il a co-fondé en 2020 « Hakanto Contemporary », le plus grand centre dédié à l'accompagnement et à l'exposition des artistes malgaches contemporains.
«L'élan donné par Joël Andrianomearisoa nous permet de redéfinir le regard sur les arts africains» Depuis l'entrée d'un des leurs au MET, les artistes contemporains malgaches veulent croire en un changement de paradigme, pas seulement pour Madagascar, mais pour les arts africains en général : s'affirmer ainsi désormais loin de ses représentations anciennes qui ont longtemps prévalu dans les collections du monde entier.
C'est le cas du plasticien Temandrota, autre grand nom de l'art contemporain malgache, reconnu à l'international : « Quand même, c'est un tour de force de pouvoir intégrer l'art contemporain dans ce lieu mythique en étant malgache, mais aussi pour le continent africain. Je pense que c'est nécessaire de pouvoir justement aller dans ce changement qui secoue un petit peu, je dirais, les esprits, aller au-delà de toutes les interprétations, les connotations, ou les préjugés sur les arts africains. Il est temps maintenant de le renouveler et de pouvoir dire autre chose que le fait de l'attacher à l'ethnologie, aux objets anciens, et sortir de sa zone de confort. »
Temandrota conclut : « Inconsciemment, on entretenait quelque part, justement, ce regard sur le travail qu'on a proposé au public. L'élan impulsé par Joël nous permet justement de redéfinir le regard qu'on donne aux arts africains, et je dirais la réjouissance qu'on pourrait donner aux arts africains. »
