Deux jours après les pluies diluviennes qui se sont abattues sur la ville de Mokwa dans l'Etat du Niger, Centre-Ouest du Nigeria, le jeudi 31 mai 2025, le bilan, même provisoire, fait froid dans le dos : 200 morts et plus de 500 personnes portées disparues. Un chiffre macabre, pourrait-on dire, à la hauteur d'un pays où l'unité de mesure de l'ampleur des catastrophes est la centaine de décès.
Ce « jeudi noir » donc, le ciel est tombé, au propre comme au figuré, sur la tête de cette population sinistrée dont les quartiers ont été rayés en quelques heures de la carte du Nigeria.
Une énième tragédie qui vient noircir davantage la trame tragique du « Géant de l'Afrique » qui saigne abondamment chaque jour sous les coups de boutoir du groupe terroriste Boko Haram, quand ce ne sont pas des hommes et des femmes qui crament dans des incendies en voulant siphonner des citernes de carburant ou des pipe-lines. Sans compter les catastrophes naturelles qui provoquent chaque année des centaines de pertes en vie humaine face à des gouvernements fédéraux et des gouverneurs d'Etat qui se succèdent et se ressemblent dans la mal-gouvernance et le laxisme.
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Ce qui vient de se passer à Mokwa n'est donc pas un cas isolé, même si les crues qui y ont emporté tout sur leur passage sont considérées comme « les pires jamais enregistrées dans la région depuis 60 ans ».
La faute donc à Dame nature qui n'en finit pas de s'acharner sur de pauvres habitants de villes comme de campagnes ?
Sans nul doute, qu'avec le changement climatique, les phénomènes météorologiques sont de plus en plus extrêmes. Mais ne perdons pas de vue qu'en la matière, c'est toute notre planète qui subit le déchaînement de la circulation atmosphérique générale, continuellement perturbée par l'action anthropique : pollution au monoxyde de carbone, déforestation, élevage intensif, pour ne citer que ces causes-là.
Si dans certaines contrées, les conséquences directes du changement climatique sont plus ou moins contenues, dans bien d'autres, notamment en Afrique, l'ampleur des catastrophes naturelles est généralement l'expression de la défaillance des politiques publiques, de certains de nos comportements individuels et collectifs, de l'incivisme, du laisser-aller et du laisser-faire érigés en règles de vie en communauté.
Installation dans des zones inondables, voire dans des lits de cours d'eau, occupation anarchique de l'espace public, transformation des caniveaux en dépotoirs, mépris des normes d'urbanisation, sont autant de facteurs qui aggravent la moindre catastrophe naturelle qui survient dans de nombreux pays du continent où une simple averse est susceptible de provoquer de dégâts humains et matériels d'une importance inouïe.
En 2024, par exemple, en Afrique occidentale et centrale, près de sept millions de personnes ont été touchées par les inondations. Le Tchad, le Mali, le Niger, le Nigéria et la République démocratique du Congo (RDC) ayant été les plus affectés. Obligeant ainsi les gouvernements et leurs partenaires à faire face au besoin de secours d'urgence, à prévenir les maladies hydriques et à mobiliser de nouvelles ressources nécessaires pour juguler les conséquences socioéconomiques qui en découleront.
Avec l'hivernage qui s'annonce dans les Etats du Sahel, ce qui vient de se passer à Mokwa a valeur d'avertissement pour tous. Il appartient à la puissance publique de faire preuve de fermeté envers tous ceux qui sont réfractaires aux règles élémentaires qui fondent la vie en société. C'est-à-dire apprendre à faire le bonheur des citoyens à leur place.