Cote d'Ivoire: Publication de la liste électorale définitive - Les carottes sont-elles cuites pour l'opposition ?

Ibrahim Kuibiert Coulibaly, président de la Commission Electorale Indépendante (CEI) - Côte d'Ivoire
analyse

La liste électorale définitive est désormais arrêtée en Côte d'Ivoire. Elle est consultable à partir d'aujourd'hui, 4 juin 2025. Au total, on y dénombre 8,7 millions d'inscrits, soit 715 000 nouveaux par rapport à la dernière révision en 2023.

Ces informations, somme toute, importantes ont été données par le président de la Commission électorale indépendante (CEI), Ibrahim Coulibaly-Kuibiert, au cours d'une conférence de presse animée, le 2 juin dernier, à Abidjan. A l'occasion, ce dernier a été, on ne peut plus, clair. Il est impossible de revoir, de nouveau, la liste électorale avant la date de la présidentielle prévue pour le 25 octobre prochain.

Morceau choisi : « Une opération de révision-mise à jour comporte en moyenne 6 à 7 mois d'opérations. Vous comprenez donc l'impossibilité de conduire une autre opération de révision de la liste électorale au risque de compromettre la tenue de l'élection du président de la République à la date constitutionnelle », a-t-il martelé.

Il faut éviter à tout prix de réveiller les vieux démons

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Le patron de la CEI voudrait doucher les espoirs de l'opposition politique qu'il ne s'y prendrait pas autrement. Ce d'autant que sa sortie médiatique intervient au lendemain d'un giga-meeting de la Coalition pour l'alternance pacifique en Côte d'Ivoire (CAP-CI), du nom de cette plateforme qui regroupe plusieurs partis politiques de l'opposition.

Les carottes semblent donc cuites pour les leaders de l'opposition, en l'occurrence Laurent Gbagbo du Parti des peuples africains- Côte d'Ivoire (PPA-CI), Tidjane Thiam du Parti démocratique de Côte d'Ivoire- Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), Guillaume Soro de Génération et peuples solidaires (GPS) et Charles Blé Goudé de la Coordination des jeunes patriotes (COJEP), qui, tous exclus de la course à la présidentielle pour des raisons diverses, misaient sur une révision de la liste électorale afin d'être repêchés. Du reste, ces derniers n'ont eu de cesse d'appeler le pouvoir au dialogue en vue d'un compromis politique devant permettre la tenue d'une présidentielle inclusive et apaisée.

A moins donc d'un revirement spectaculaire, on peut dire, sans aucun risque de se tromper, que leur appel n'a pas été entendu. Pire, le pouvoir dont on ne connaît pas encore le candidat ; le président Alassane Ouattara ayant jusque-là gardé le mystère sur ses ambitions, se claquemure dans un silence assourdissant, nourrissant ainsi les inquiétudes de l'opinion nationale et internationale.

Tout le monde retient son souffle surtout quand on sait que la Côte d'Ivoire est coutumière des crises électorales aux conséquences incommensurables. On a encore frais dans la mémoire, les évènements de 2010-2011 qui ont laissé plus de 3 000 macchabées sur le carreau. On oublie volontiers la déchirure sociale profonde qui s'est ensuivie, et qui a mis à rude épreuve, et ce, pendant plusieurs années, la cohésion sociale et la concorde nationale.

Le président Ouattara doit savoir se montrer bon prince en calmant le jeu

On espère donc que cette parenthèse douloureuse de l'histoire politique de la Côte d'Ivoire servira de leçon aux uns et aux autres. Il faut éviter à tout prix de réveiller les vieux démons. La Côte d'Ivoire revient de loin. Elle n'a plus besoin de ça. Bien au contraire, elle aspire à la paix et au progrès social et économique. Tous les acteurs politiques se doivent donc de le comprendre ; eux qui, on le sait, au nom de leurs intérêts égoïstes, sont prêts à remettre le pays à feu et à sang.

Cela dit, aucun sacrifice, pour préserver la paix sociale, n'étant de trop, le président Alassane Dramane Ouattara (ADO) doit savoir se montrer bon prince en calmant le jeu. Car, le bon dirigeant doit savoir, quand il le faut, lâcher du lest en restant à l'écoute de son peuple tout en prenant en compte les desiderata des uns et des autres. Loin d'être un signe de faiblesse, c'est plutôt un geste de magnanimité.

Toutefois, quand on sait que ceux qui ruent dans les brancards, en l'occurrence Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé, Guillaume Soro et Tidjane Thiam sont loin d'être des enfants de choeur au regard de leur tempérament bien trempé, on se demande si le président ADO acceptera de franchir le pas en ouvrant le jeu politique au risque de se faire hara-kiri.

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