Afrique: Alex Malete (Botswana) - 'On veut atteindre au minimum les quarts de finale'

  • Ex-analyste radio, enseignant de formation et instructeur FIFA, Alex Malete veut faire du Botswana une nation qui compte
  • Nommé sélectionneur principal en 2023, après des années comme adjoint, il a insufflé une nouvelle rigueur dans la préparation des Mares
  • Le Botswana défiera le Nigeria, l'Algérie et la Tunisie dans le Groupe B de la Coupe d'Afrique des Nations Féminine CAF TotalEnergies 2024

Il ne veut plus que le Botswana soit vu comme un figurant. À 35 ans, Alex Basimanebotlhe Malete veut bousculer la hiérarchie du football féminin africain. Il ne rêve pas, il planifie. Il ne se contente pas de participer, il vise à déranger, à exister, à faire tomber les murs.

Promu sélectionneur principal des Mares en 2023 après plusieurs années dans l'ombre comme entraîneur adjoint, Malete n'a pas tardé à faire entendre sa voix. Et elle porte. Finies les préparations approximatives, les excuses liées au manque d'expérience. Avec lui, chaque jour compte, chaque session est calibrée, chaque match amical est un test grandeur nature. « Ne pas atteindre les quarts de finale serait inacceptable », prévient-il, lucide mais ambitieux.

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Ce n'est pas une déclaration en l'air. Car s'il est jeune, Malete parle en connaissance de cause. Il connaît cette équipe dans ses moindres détails, pour l'avoir accompagnée pendant des années en coulisses. À ses débuts, il n'était « que » l'adjoint. Désormais, c'est lui le patron. Et son profil atypique fait sa force : analyste radio avant de se tourner vers le terrain, enseignant de formation, instructeur FIFA passionné par le développement des jeunes, il incarne cette nouvelle génération de coachs africains, plus pédagogues, plus rigoureux, plus visionnaires.

Avec une méthode claire, une vision tournée vers la jeunesse, et un discours assumé, il compte bien faire mieux qu'en 2022, où le Botswana avait surpris en atteignant les quarts, éliminé par le Maroc (2-1). Mais cette fois, l'effet de surprise n'existe plus. Malete ne s'en cache pas : il veut installer son équipe parmi les nations qui comptent.

À l'approche de la Coupe d'Afrique des Nations Féminine CAF TotalEnergies 2024, son groupe entre dans une phase décisive de préparation. Emmené par Alex Malete, le Botswana avance avec méthode et ambition : non plus pour exister, mais pour peser.

Comment évaluez-vous la préparation de votre équipe pour cette CAN Féminine ?

Je dirais que nous sommes dans les phases finales de notre préparation. Nous entamons notre camp aujourd'hui, et nous attendons que toutes les joueuses nous rejoignent. La bonne nouvelle, c'est qu'une de nos joueuses, absente toute l'année dernière en raison d'une blessure, est enfin de retour. C'est un vrai plus pour nous.

Dès aujourd'hui, nous allons nous concentrer sur nos deux prochains matchs, face à l'Afrique du Sud, puis à la Zambie. Ces deux matchs amicaux internationaux vont nous permettre d'évaluer notre niveau actuel. En termes de condition physique, nous savons que la majorité de nos joueuses ne sont pas encore là où elles devraient être.

En 2022, lors de votre première participation, le Botswana a atteint les quarts de finale. Quelles leçons tirez-vous de cette expérience ?

Nous en avons tiré énormément de leçons. C'était une première pour tout le monde : les joueuses, le staff technique, la fédération. L'un des enseignements majeurs concerne notre gestion des buts encaissés et surtout la préparation mentale des joueuses, en particulier lorsqu'on affronte des équipes comme le Nigeria. On pouvait ressentir, avant même le coup d'envoi, que mentalement, nous n'étions pas prêts à les affronter.

Depuis, nous avons grandi. Je pense qu'aujourd'hui, nous sommes mieux armés pour rivaliser, sans cette peur de la scène. Entretemps, nous avons affronté des équipes de haut niveau. Lors de la prochaine trêve FIFA, nous jouerons contre la Zambie et l'Afrique du Sud. Par le passé, nous avons affronté la Tunisie (qui est dans notre groupe), le Mali, le Maroc, ou encore la Russie. Tous ces matchs nous ont permis de progresser, autant sur le plan du jeu que des résultats.

Et puis, il y a un autre point important : lors de notre première campagne, nous n'avions effectué qu'un seul test physique avant le tournoi. Cette fois, nous en avons deux. Nous avons réalisé le test d'évaluation physique ALIA en janvier, et nous en ferons un autre juste avant la compétition pour adapter la préparation en fonction des besoins de chaque joueuse.

Pour cette édition, le Botswana est dans le Groupe B avec le Nigeria, la Tunisie et l'Algérie. Quel est votre ressenti sur ce groupe ?

Tous les groupes sont compliqués, à mon avis. Il n'y a pas de groupe facile. Si vous regardez le groupe A, c'est encore plus relevé puisqu'il y a le pays hôte. Le groupe C, lui, contient les tenantes du titre. Et nous, dans le groupe B, nous retrouvons le Nigeria, comme lors de notre première participation.

Le style de jeu du Nigeria est très différent de celui de l'Algérie ou de la Tunisie. Ces deux dernières sont des équipes très tactiques, tandis que le Nigeria combine puissance physique et rigueur tactique. Nous nous sommes donc préparés à affronter ces deux approches distinctes. Il faudra maintenant trouver le moyen de nous qualifier pour le tour suivant.

Parlons un peu de vous. On dit que vous étiez journaliste avant de devenir entraîneur. En quoi cette expérience passée vous aide-t-elle aujourd'hui dans votre carrière de coach ?

Elle m'a beaucoup aidé. À mes débuts, je travaillais à la radio comme analyste. Ensuite, je suis passé à la presse écrite et à la télévision, ce qui m'a permis de beaucoup observer, d'analyser les matchs, les systèmes de jeu, les dynamiques collectives... Cela m'a donné une vision plus large du football, au-delà des émotions du terrain.

Quand on est journaliste, on apprend à poser les bonnes questions, à voir ce que les autres ne voient pas forcément. Cela m'a aidé à développer un sens critique qui m'est aujourd'hui précieux dans l'analyse de nos performances, dans la préparation des matchs et même dans la gestion du groupe. Je pense que c'est ce parcours atypique qui fait aussi ma force aujourd'hui en tant qu'entraîneur.

Comment travaillez-vous concrètement pour créer un pont entre les catégories de jeunes et l'équipe nationale senior ?

Nous nous appuyons principalement sur nos équipes nationales de jeunes. Cette dernière année, nous avons surtout intégré des joueuses issues de l'équipe U20. C'est plus compliqué avec les U17, car elles ont leurs propres camps et sont encore très majoritairement scolarisées. Il est difficile pour elles de jongler entre l'école, les compétitions juniors et l'équipe A. En revanche, plusieurs joueuses U20 ne sont plus étudiantes, ce qui facilite leur intégration.

Dès que nous repérons un talent prometteur, nous faisons tout notre possible pour l'intégrer à l'équipe A. Même si elles ne jouent pas beaucoup au début, elles apprennent l'environnement, la culture et les attentes liées à la sélection senior. Cela prépare l'avenir.

À vos yeux, qu'est-ce qui représenterait une CAN réussie pour le Botswana ?

Une campagne réussie, ce serait d'abord atteindre les quarts de finale. Et à partir de là, on peut commencer à rêver de demi-finales. Mais en toute honnêteté, ne pas sortir des poules serait un échec pour nous. L'objectif est clair : aller au moins jusqu'en quarts.

Happy birthday to UB Hawks Coach and Botswana Women Senior National team Coach Basimanebotlhe Alex Malete #KillerPass pic.twitter.com/QAfGPptBpY-- killerpass Botswana (@KillerpassBOTS) February 28, 2024

Pensez-vous que cette CAN peut servir de tremplin vers une reconnaissance internationale accrue pour vos joueuses ?

Absolument, j'en suis convaincu. La différence entre nous et des pays comme l'Afrique du Sud, c'est que leurs joueuses évoluent en majorité dans des championnats professionnels. Pourquoi ? Parce qu'elles participent régulièrement aux compétitions de la CAF, aux tournois FIFA, aux Jeux Olympiques.

Pour nous, cette deuxième participation à la CAN est une chance. Cela permet aux recruteurs et clubs professionnels de découvrir nos joueuses. Plus on aura de filles en club pro, plus notre sélection progressera. Cette CAN a un fort potentiel en termes d'exposition. Si on réussit notre tournoi comme on le souhaite, cela peut vraiment ouvrir des portes à nos joueuses.

Dernière question, coach. Si vous aviez un message à adresser à une jeune footballeuse africaine, quel serait-il ?

Mon message serait simple : vos rêves sont légitimes. Une enfant africaine peut réussir dans le football. Les exemples sont là : Barbara Banda brille au plus haut niveau. Les soeurs Chawinga du Malawi jouent dans des ligues d'élite. En Afrique du Nord, en Afrique de l'Ouest, d'autres réussissent aussi.

Et j'aimerais dire aux parents, à la société dans son ensemble : changeons la perception selon laquelle le football est réservé aux hommes. Le football est pour toutes et tous.

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