Tunis — Surexploitée à raison de 141%, la nappe d'eau souterraine de Mornag (gouvernorat de Ben Arous) fait face à plusieurs défis qui pèsent lourdement sur toute la région et menacent la pérennité de ses périmètres irrigués couvrant une superficie de 6000 hectares et situés à environ 40 km de Tunis.
Des scientifiques intervenant lors d'un atelier organisé, en mai 2025, par le Commissariat régional au développement agricole de Ben Arous, à l'occasion de la Journée nationale de l'Agriculture célébrée le 12 mai de chaque année, ont confirmé que les ressources en eau de la plaine de Mornag sont en danger permanent et que toutes les précautions nécessaires doivent être prises pour contrer cette dégradation. Leurs exposés scientifiques, rapportés par l'ONAGRI dans le cadre de sa lettre mensuelle pour le mois de mai 2025, font état d'un taux de baisse du niveau de la nappe dans cette plaine de la Banlieue sud, varie de 0,83 à 1,97 mètre par an, selon les régions. Du point de vue hydrogéologique, la plaine de Mornag regroupe un système aquifère multicouches formées de nappes phréatique et profonde séparées par un niveau argileux.
Les problématiques soulevées lors de cet atelier concernent notamment le nombre élevé et croissant des puits profonds non autorisés (306 puits sur un total de 1919), le taux alarmant d'exploitation de la nappe souterraine de Mornag ayant atteint 141%, la baisse continue et importante du niveau de l'eau, l'intrusion de l'eau de mer dans les terres, la salinisation progressive des ressources en eaux souterraines.
S'ajoute à cela les impacts du changement climatique avec la diminution significative prévue de 40% des précipitations et l'augmentation prévue de la demande (20%) à l'horizon 2050, l'absence d'une structure légale spécialisée pour préserver et protéger le domaine public, l'absence de dispositions dissuasives dans le code actuel des eaux qui nécessite d'être revu et l'absence d'une approche participative dans la gestion des ressources en eau.
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Les participants à cet atelier ont ainsi proposé la recharge artificielle de l'aquifère, l'utilisation des technologies avancées dans le processus d'irrigation, le recours au transfert d'eau depuis d'autres régions, la valorisation des eaux usées traitées et la promotion d'une culture de collecte des eaux de pluie.
La nécessité de promulguer un nouveau code des eaux et de renforcer la sensibilisation aux problèmes liés à l'eau a également été soulevée. Sur le plan institutionnel, il a été proposé de créer un groupement de développement agricole pour la plaine de Mornag qui gère les questions liées à l'eau en coordination avec l'administration et les usagers et qui assure le suivi et le contrôle de la gestion des ressources en eau.
Les participants à cet atelier ont par ailleurs plaidé pour la mise en place d'un comité régional pour la gestion intégrée des ressources en eau qui rassemble toutes les parties concernées et le renforcement du corps de contrôleurs publics de l'utilisation des ressources en eau.