Cote d'Ivoire: Presidentielle au pays - Eviter le scénario de 2010-2011

A cinq mois de la présidentielle en Côte d'Ivoire, la tension politique ne retombe pas. Elle est même montée d'un cran depuis la publication de la liste électorale définitive, le 4 juin dernier. Une liste sur laquelle, faut-il le rappeler, ne figurent pas des figures majeures de l'opposition.

Il s'agit du président du Parti démocratique de Côte d'Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), Tidjane Thiam, de l'ancien président, Laurent Gbagbo, de l'ex- Premier ministre, Guillaume Soro, et de l'ancien ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé. Tous ont été radiés de la liste électorale définitive pour les raisons que l'on sait.

C'est justement la principale source de toutes ces tensions qui secouent, aujourd'hui, le climat sociopolitique ivoirien. Pour cause, les «radiés» ont du mal à digérer leur exclusion, et ils le font savoir à travers des manifestations tous azimuts. En effet, les meetings se multiplient, drainant du monde, avec leur lot de déclarations incendiaires. Le ton a été donné par le principal parti d'opposition, le PDCI-RDA qui, dans la foulée de la publication de la liste électorale définitive sans leur champion, a convoqué une conférence de presse au cours de laquelle il a sonné la mobilisation générale derrière son leader Tidjane Thiam.

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Et les mots sont pour le moins forts. En effet, pour les membres du plus vieux parti ivoirien, «sans Tidjane Thiam, il n'y aura pas d'élections», se disant même prêts à «tout faire pour que le PDCI-RDA revienne au pouvoir». C'est ainsi qu'ils ont annoncé une grande marche nationale qui aura lieu le 11 juin prochain à Abidjan, au cours de laquelle ils espèrent faire une démonstration de force pour «réclamer des élections inclusives et transparentes».

Pour un pays coutumier des violences politiques, il faut craindre le pire à la présidentielle d'octobre prochain

Du côté de l'ancien président et leader du Parti des peuples africains de Côte d'Ivoire (PPA-CI), Laurent Gbagbo, le ton n'est pas moins offensif. Après avoir réglé ses comptes avec son successeur toujours au pouvoir et ce, dans un style propre à lui, le fils de Mama s'est dit prêt «à se battre jusqu'au bout». Il a, lui aussi, appelé ses militants, gonflés à bloc à ses côtés, à la «vigilance, à la mobilisation et à une résistance déterminée mais organisée».

Quant aux deux autres poids-lourds, Guillaume Soro et Charles Blé Goudé, le discours n'est pas, non plus, des plus rassembleurs, tous accusant le parti au pouvoir «d'écarter ses concurrents pour s'assurer la victoire à la présidentielle». Cela dit, à quelques pas de cette présidentielle de toutes les incertitudes, cette surenchère verbale dans les rangs des responsables politiques, ne rassure pas. Elle place la Côte d'Ivoire dans une cocotte-minute qui n'est pas loin d'exploser au regard des divisions qui s'expriment dans l'espace public, notamment sur la toile.

Pour un pays coutumier des violences politiques, il faut craindre le pire à la présidentielle d'octobre prochain. Et c'est d'autant dommage que les responsables politiques, majorité comme opposition, donnent toujours l'impression de ne pas tirer leçons des évènements tragiques de 2010-2011, qui ont fait plus de 3 000 morts dans le pays. Il faut donc éviter à tout prix ce scénario dramatique, car la Côte d'Ivoire, pays d'hospitalité et de bonne ambiance, ne mérite plus ces violences. Les leaders politiques et d'opinion sont ainsi invités à prendre leurs responsabilités pour des élections apaisées et acceptées de tous.

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