Cote d'Ivoire: La faute de goût vestimentaire de l'ambassadeur français

A l'heure de l'intelligence artificielle (IA) où on ne sait plus à quoi croire ou ne pas croire, on aurait pensé qu'il s'agit-là d'un deepfake (Photo, vidéo ou audio réalisé ou modifié au moyen de l'intelligence artificielle). Et pourtant, l'image en question est ce qu'il y a de plus authentique.

La scène se passe le 31 mai 2025 à Sinématiali, dans le Nord de la Côte d'Ivoire, où a lieu la cérémonie officielle d'inauguration du lycée d'excellence de jeunes filles en présence de la première Dame, Dominique Ouattara.

Dans le prestigieux parterre d'invités, l'ambassadeur de France, Jean-Christophe Belliard, dont la présence à l'événement n'aurait rien d'extraordinaire et serait passée inaperçue. Sauf que pour la circonstance, Son Excellence Belliard a troqué son costume-cravate contre une chemise en pagne à l'effigie de l'épouse du chef de l'Etat ivoirien, Alassane Ouattara, accompagnée du message : « Merci maman Dominique Ouattara ». Jusque-là, pas de quoi fouetter un... agouti. Mais rapporter cet acte à la perspective de la présidentielle prévue dans cinq petits mois, il y a alors de quoi s'interroger sur la connotation du port de cet uniforme en pagne.

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Quelle mouche a bien pu piquer le plénipotentiaire français pour qu'il se laisse aller à une telle incongruité dont il devrait se douter pertinemment qu'elle sera problématique ? A l'heure de la précampagne électorale, il aurait voulu semer le doute sur sa neutralité politique qu'il ne s'y serait pas pris autrement. Et de fait, la polémique n'a pas tardé à naître.

Nombre d'Ivoiriens se sont, en effet, étonnés, voire indignés, de cette maladresse qui jure avec certaines obligations qui s'attachent à la fonction de diplomate.

Parmi le choeur de désapprobations qui monte depuis, celle notamment du parti des peuples africains de Côte d'Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo qui se demande, avec juste raison, « si la France a choisi son candidat à la présidentielle de 2025 ».

Ce fait insolite est d'autant plus troublant qu'il intervient au moment où les prémices de l'échéance du 25 octobre suscitent de grandes inquiétudes. Et pour cause : la disqualification définitive du scrutin de certains leaders de l'opposition à l'instar de Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé, Guillaume Soro et Tidjane Thiam. Les trois premiers pour des raisons judicaires et le dernier à cause de la double nationalité franco-ivoirienne dont il s'était prévalu.

Si jusque-là trois des excommuniés de la présidentielle ruminent en silence leur radiation des listes électorales, ce n'est manifestement pas le cas de « l'enfant terrible de Mama » qui menace de se faire entendre.

En meeting le week-end dernier à Port-Bouët, il a multiplié les mises en garde : « A un moment donné, il faudra qu'on envahisse toutes les rues d'Abidjan », puis d'être plus explicite : « Ils veulent la bagarre, alors on va se bagarrer ».

Mais revenons sur l'attitude de l'ambassadeur Belliard pour souligner que face à la montée de la polémique, les communicants de la première Dame ont certes allégué que le pagne de la discorde est un cadeau des habitants à leur illustre hôte. Mais est-on obligé d'accepter un cadeau, surtout quand il est manifestement empoisonné ? Et quand bien même son bénéficiaire aurait été obligé de le prendre par politesse, était-il pour autant tenu de l'arborer ici et maintenant ?

En un mot comme en mille, un ambassadeur ne devrait pas faire ça dans un contexte politique où le moindre geste des personnalités locales comme étrangères est scruté à la loupe et pesé et soupesé dans les chapelles politiques dont les ouailles, remontées contre la mise à l'écart de leurs champions, sont sur le pied de guerre pour en découdre.

En l'espèce, il faut dire que ce sont ces petits riens, en apparence, qui contribuent à alimenter le sentiment antifrançais et à abîmer l'image de l'Hexagone en Afrique.

Au regard de l'histoire politique récente de la Côte d'Ivoire, cette faute de goût vestimentaire ne pouvait être interprétée que comme un alignement politique.

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