Cote d'Ivoire: Blocus électoral ?

10 Juin 2025
analyse

Tout semble bouclé, à quelques encablures de l’élection présidentielle d’octobre 2025, avec la publication par la CEI de la liste définitive des candidats, avec un fait notoire, l’absence du quatuor de challengers les plus dangereux pour le pouvoir d’Alassane Ouattara, c’est à dire, Tidjane Thiam, Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé et Guillaume Soro.

Le Président Ouattara qui va vers son quatrième mandat, fera face, contre toute attente à des adversaires certes crédibles au regard de leurs parcours politiques, et à travers les hautes fonctions gouvernementales occupées, mais qui devant « les exclus » émargeraient largement à des positions symboliques de faiseurs de rois, par leur apport en suffrage, lors d’un éventuel, mais plus que probable second tour.

Il est vrai que si Simone Gbagbo, ancienne première dame, l’ancien 1er Ministre de Gbagbo, Pascal Affi Nguessan, Jean louis Billon, ancien ministre du commerce, figurent sur la liste définitive des 8,7 millions d’électeurs, il est difficile de penser que le Président Ouattara et son administration électorale, n’aient pas voulu sélectionner pour lui ses challengers, alors que jusque-là  ce dernier s’est contenté de formules lapidaires, même si ses partisans sonnent la mobilisation, un peu partout, en direction du congrès du RHDP du 21 juin qui va acter sa candidature. Toutefois il ne faudrait pas exclure un coup de théâtre, avec la désignation d’un dauphin, une fois que le « péril » que pourrait constituer les candidatures de figures de proue de la vie politique ivoirienne aura été neutralisé.

C’est là aussi un gros point d’interrogation, une forte probabilité, que soulèvent bon nombre d’observateurs en Côte d’ivoire et dans la sous-région, sans qu’on ait une idée précise sur le potentiel dauphin, qui par nature et par destination sera un candidat par défaut, dès lors qu’un report de la présidentielle semble être écarté de manière ferme par le Président de la CEI. Définitivement ?

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Est-ce un point de blocage insurmontable, si l’on veut une élection apaisée qui éloignerait de la Côte d’ivoire les démons des troubles politiques ? Il faut peut-être rappeler avec beaucoup de nuances qu’un tel cas de figure n’est pas nouveau dans la sous-région, même s’il n’a pas obtenu les effets attendus.

Le Sénégal sous Macky Sall a fait l’expérience d’un processus politico- judiciaire, sous les habits d’une légalité, lors de la présidentielle de 2024 avec Ousmane Sonko, le candidat déclaré du PASTEF, et même avant avec l’ancien Maire de Dakar, Khalifa Sall, écarté de la présidentielle, l’un pour une condamnation pour diffamation, et l’autre pour avoir utilisé la caisse d’avance de la Maire de Dakar pour « des dépenses jugées non conformes dans leur destination pour faire simple.

Dans les deux cas de figure on a usé d’une décision de justice avec des implications dans le code électoral, pour éliminer des candidats en les sortant des listes électorales. Il reste que le Sénégal, n’est pas la Côte d’ivoire, d’autant plus que les plaies sur les bords de la lagune Ebrié ne se sont pas encore totalement fermées, et qu’au Sénégal on semble dire plus jamais ça, en pansant les plaies.

Sous les apparences d’une « justice rendue au nom du peuple », la démocratie représentative semble aujourd’hui balbutier à l’ombre des calculs politiques. Et les politiques ne semblent pas aussi tirer les leçons de l’histoire récente, où les questions d’identité ont failli saper les bases des jeunes états démocratiques, qui petit à petit posent les jalons vers leur développement économique.

Une élection qui devrait être un moment de fête, de célébration de la démocratie, est par le jeu des acteurs politiques, devenue un moment particulièrement anxiogène, parce pouvant à tout moment basculer vers le chaos. Les propos entendus ces derniers jours par les hommes politiques ivoiriens ne rassurent guère

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