À Madagascar, la fin de la saison des pluies rime avec multiplication des délestages. Depuis plusieurs semaines déjà, les habitants d'Antananarivo vivent sans électricité jusqu'à douze heures par jour. La faute, selon la société nationale Jirama, à une sécheresse précoce réduisant la production du barrage hydroélectrique d'Andekaleka, qui fournit un tiers de l'électricité de la capitale. Parmi les premières victimes de ces pénuries : les petits commerçants qui n'ont pas les moyens de recourir à des groupes électrogènes. Reportage.
À la boulangerie-restaurant Nect'Art, dans le quartier d'Ankadifotsy, l'électricité manque quand le gérant, Hery Razafindrazaka, en a le plus besoin : au petit matin lorsqu'il faut cuire pains et viennoiseries, et en fin d'après-midi, au moment d'accueillir les familles en quête de plats chauds.
« À chaque fois, on essaie de faire de la magie »
« C'est à peu près le tiers de nos gains qu'on perd tous les jours. J'ai quatre fours, mais je n'en fais marcher qu'un parce qu'autrement je risque une coupure. Parfois, juste au moment où c'est en train de cuire, il y a le "clash". À chaque fois, on essaie de faire de la magie en faisant autre chose parce qu'on ne veut pas jeter, mais c'est fatigant, parce que ce n'est pas comme ça qu'on doit travailler, c'est minable », se désole ce chef d'entreprise qui emploie quinze salariés.
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À Andavamamba, un autre quartier de la capitale de Madagascar, toute l'activité commerçante est paralysée. Marie Esther Ravaosolo vend du poisson qu'elle tente de conserver au frais dans des congélateurs malgré les coupures incessantes. Mais ses clients ont presque disparu. « La plupart de nos clients dépendent aussi de l'électricité car ils tiennent des gargotes, explique-t-elle. Quand ils ne peuvent pas travailler, ils n'ont pas d'argent et donc ils n'achètent pas de poissons. Avant, on commandait 150 kilos tous les 15 jours aux fournisseurs. Maintenant, je me contente d'en commander 5 ou 10 kilos à chaque fois pour être sûre de les vendre ».
Des centrales thermiques comme recours
Face à la recrudescence des délestages, le gouvernement mise à court terme sur les centrales thermiques. Cette solution coûteuse, pour laquelle des stocks de carburant sont en train d'être constitués, est censée prendre le relais du barrage d'Andekaleka si sa production d'électricité est insuffisante.