Kenya: La police dans la tourmente après la mort en détention d'Albert Ojwang

Alors que le président William Ruto a balayé la version des faits jusqu'alors avancée par les forces de l'ordre pour expliquer la mort en détention du jeune homme, le chef de la police a lui présenté ses excuses au nom de l'institution pour avoir d'abord soutenu qu'Albert Ojwang était mort après s'être cogné la tête dans sa cellule.

La polémique continue d'enfler au Kenya après le décès d'Albert Ojwang, un jeune homme de 31 ans arrêté samedi 7 juin et décédé la nuit suivante en détention. Alors que les conclusions de l'autopsie réalisée mardi 10 juin sur le corps de la victime sont venues contredire la version initiale de la police selon laquelle celui-ci se serait cogné la tête contre le mur de sa cellule - elles évoquent au contraire des blessures « infligées par une force externe », laissant penser que celui-ci a été la cible d'une agression -, les réactions s'enchaînent dans le pays.

Pour tenter de trouver des réponses aux multiples questions qui entourent toujours les circonstances de la mort d'Albert Ojwang, les sénateurs kényans ont convoqué, mercredi 11 juin, plusieurs hauts responsables sécuritaires, parmi lesquels le chef de la police, Douglas Kanja, rapporte notre correspondante à Nairobi, Albane Thirouard. Vigoureusement interrogé, ce dernier a fini par reconnaître une faute, expliquant qu'il « n'est pas vrai qu'Albert Ojwang s'est cogné la tête contre un mur ».

« Je présente mes excuses au nom de la police pour cette information », a-t-il concédé avant de promettre des mesures disciplinaires une fois que les conclusions de l'enquête qui a été diligentée seront connues. À ce propos, l'Ipoa, la police des polices, a pour sa part assuré que son rapport serait prêt sous dix jours, sa vice-présidente déplorant toutefois l'absence des images de vidéosurveillance de la nuit en question, trafiquées selon elle.

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Un « tragique incident, commis par la police, déchirant et inacceptable »

Selon le journal Kenya Today, les sénateurs ont également demandé l'arrestation immédiate de l'inspecteur général adjoint de la police, Eliud Kipkoech Lagat - à l'origine de l'arrestation d'Albert Ojwang -, souhaitant que celui-ci soit jugé pour avoir commandité le meurtre du jeune homme.

Ce mercredi toujours, la version des faits jusqu'alors avancée par les forces de l'ordre a également été balayée par un communiqué du chef de l'État dans lequel William Ruto parle d'un « tragique incident, commis par la police, [...] déchirant et inacceptable ».

De leur côté enfin, plusieurs militants et ONG de défense des droits de l'homme ont exigé que l'enquête se déroule en toute transparence, par crainte que des officiers subalternes ne puissent être désignés comme boucs émissaires dans le but de protéger leurs supérieurs hiérarchiques. Dans cette perspective, le quotidien kényan The Standard a lui publié les noms communiqués par les autorités de cinq officiers de police présents au moment des faits.

L'indignation toujours à son comble sur la toile

La convocation des responsables de la police par les sénateurs a par ailleurs permis de préciser les conditions dans lesquelles Albert Ojwang a été arrêté. Si l'on savait que son interpellation avait pour origine une plainte du numéro 2 des forces de l'ordre, leur audition a permis de mettre en lumière le fait qu'Eliud Lagat l'avait déposée après la publication sur X par Albert Ojwang de plusieurs messages l'accusant de corruption - notamment d'avoir placé des officiers à sa botte à des postes de contrôle des flux financiers.

Quoi qu'il en soit, les appels à la démission d'Eliud Lagat ne cessent de se multiplier ces derniers jours, alors que l'affaire suscite, elle, toujours autant d'indignation sur la toile, un an tout juste après la sanglante répression des manifestations du mois de juin 2024 lors desquelles les forces de sécurité sont accusées par plusieurs groupes de défense des droits humains d'avoir tué au moins 60 personnes et d'en avoir enlevé depuis des dizaines d'autres.

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