Sénégal: Saly-Portudal - Protection de l'enfant et éradication des mutilations génitales féminines - Vers une réforme législative

Saly-Portudal accueille depuis hier une rencontre d'envergure axée sur la protection de l'enfance et l'élimination des mutilations génitales féminines (MGF). Une initiative s'inscrivant dans le cadre de la Vision 2050, avec pour ambition de renforcer les droits des femmes et des enfants au Sénégal.

Autour de la table, parlementaires, acteurs de la société civile et partenaires internationaux ont unanimement ont échangé sur la protection de l'enfance et l'élimination des mutilations génitales féminines (MGF). Ils ont souligné l'urgence de moderniser le cadre législatif afin de mieux répondre aux défis contemporains et honorer les engagements internationaux du Sénégal. Le consensus est clair : la législation doit évoluer pour mieux protéger les plus vulnérables, sans renier les valeurs de dignité humaine.

Le professeur Amsatou Sow Sidibé, s'exprimant au nom de la Commission nationale des droits de l'homme, a rappelé que les travaux visent à initier des réformes fondamentales touchant le droit de la famille, celui de l'enfant, ainsi que les MGF. «L'atelier ambitionne d'élaborer une feuille de route législative, en lien avec les engagements internationaux du Sénégal en matière de droits humains», a-t-elle déclaré.

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L'objectif est d'impulser une dynamique de dialogue inclusif, mobilisant parlementaires, experts, religieux et société civile autour de sujets cruciaux tels que la responsabilisation des femmes dans la sphère familiale.

Présent à la rencontre, le député Abdoulaye Tall, président de la Commission des lois à l'Assemblée nationale, a salué la mobilisation des parlementaires, malgré le contexte post-Tabaski. Il a appelé à une réflexion approfondie sur trois axes prioritaires : la réforme du Code de la famille, la protection de l'enfant, et l'éradication des mutilations génitales féminines.

S'agissant du droit de la famille, il a pointé les contradictions entre coutumes, droit positif et préceptes religieux, insistant sur la nécessité de réformer notamment l'âge légal du mariage (qui est au moins de 18 ans pour les garçons et 16 ans pour les filles), la recherche de paternité, l'autorité parentale, ou encore l'accès des femmes vulnérables à la justice. Il a aussi plaidé pour la numérisation de l'état civil et l'harmonisation des lois avec les Conventions internationales.

Concernant les MGF, malgré l'existence de la loi n°99-05 de 1999 qui interdit cette pratique, celles-ci persistent. Le parlementaire a réaffirmé l'engagement des élus à veiller à l'application stricte de cette loi, afin de parvenir à une élimination totale d'ici 2030, conformément aux Objectifs de développement durable (ODD). Il a également déploré l'absence d'un Code de l'enfant au Sénégal, alors que celui-ci est en discussion depuis 2014. «Il est impératif d'accélérer son adoption pour combler ce vide juridique préjudiciable à la protection de l'enfance», a-t-il déclaré.

Intervenant en tant qu'invité d'honneur, Alioune Tine, figure emblématique des droits humains en Afrique de l'Ouest, a martelé : «Sans égalité des femmes, il n'y a pas de démocratie viable.» Pour lui, la réforme du Code de la famille et la lutte contre les MGF sont des fondements incontournables d'un État de droit digne de ce nom. Il a rappelé que chaque année, 4,4 millions de filles en Afrique restent exposées aux MGF, un chiffre alarmant qui justifie l'implication accrue des Nations Unies dans la promotion de politiques inclusives et de lois protectrices.

Tout en saluant les avancées du Sénégal dans le domaine des droits humains, Alioune Tine a appelé à transformer les normes sociales, à renforcer l'accès des femmes à l'éducation et à la justice, et à articuler tradition et modernité dans une législation équitable. «La loi ne doit pas être perçue uniquement comme un outil répressif, mais comme un levier de valeurs positives».

Au terme de cette rencontre, les participants s'accordent sur l'urgence de traduire ces ambitions en textes concrets. L'impact attendu dépasse la sphère juridique : il s'agit de poser les jalons d'une société plus inclusive, fondée sur l'égalité des sexes, la protection des plus vulnérables et l'ancrage du Sénégal comme modèle en matière de droits humains sur le continent africain.

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