Congo-Kinshasa: Des mines qui ne profitent pas aux populations de l'Ituri

Dans cette province de la RDC riche en minerais, l'exploitation de ces ressources profite peu à la population qui vit en grande majorité sous le seuil de pauvreté.

En Ituri, dans l'est de la RDC, la société civile a récemment dénoncé la présence de certains éléments de l'armée congolaise sur les sites miniers, ainsi que les trafics auxquels se livrent certains militaires.

La province de l'Ituri possède un sous-sol riche en or, en cobalt, en étain et en tantale. Pourtant, cette richesse se traduit rarement par une amélioration des conditions de vie de la population locale.

Les personnes rencontrées dans les rues de Bunia, le chef-lieu de la province de l'Ituri, dénoncent l'accaparement des richesses minières par une élite composée d'hommes d'affaires et de responsables politiques locaux.

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"Les politiciens et les commerçants exploitent les ressources à leur guise pendant que la population vit dans la pauvreté. Normalement, les carrés miniers doivent être régis par des règles d'exploitation. Pour moi, tout ceci est dû à l'incompétence de l'Etat", estime Christian Samba qui habite Bunia depuis plusieurs années.

En Ituri, l'exploitation minière reste encore artisanale, voire semi-industrielle. L'or, le minerai le plus exploité, est exporté illégalement vers des pays voisins comme l'Ouganda.

"140 millions de dollars par an aux groupes armés"

Dans son rapport de décembre 2024, le groupe d'experts des Nations unies souligne que l'exploitation de l'or, dans la province de l'Ituri, continue d'échapper en grande partie au contrôle de l'État et rapporte au moins 140 millions de dollars par an aux groupes armés et aux réseaux criminels.

Samuel Mugisa vit à Bunia et il explique que les groupes armés, mais aussi les entreprises chinoises, sont les premiers bénéficiaires de l'activité extractive dans la région.

"Ce sont les rebelles qui bénéficient de la vente des minerais et, en plus, ils achètent des armes avec l'argent récolté. Ces armes, hélas, tuent les populations. Il y a aussi la présence des étrangers, comme les Chinois, qui exploitent nos ressources. C'est vraiment un manque à gagner pour le peuple."

Pour maître Lolo Bitum, avocat et enseignant à l'université de Bunia, la présence de certains éléments de l'armée congolaise dans les mines vient encore aggraver la situation.

En effet, celui-ci déplore la présence des soldats qui font payer des taxes illégales aux creuseurs et s'adonnent au trafic de minerais.

"On ne peut pas accepter que les militaires, qui sont censés protéger la population, se retrouvent au centre des activités minières, ou en train de sécuriser les exploitants miniers. Nous sommes en Ituri, nous avons des groupes armés. On se plaint du fait qu'on n'a pas assez d'effectif destiné aux opérations militaires, mais le peu que nous avons, nous les envoyons dans les sites miniers", explique-t-il.

L'accaparement et la fuite des richesses issues de l'exploitation artisanale de l'or sont régulièrement dénoncés par la société civile, qui réclame une meilleure répartition des revenus des mines.

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