Burundi: Législatives burundaises - Score soviétique pour le parti majoritaire

Au Burundi, les élections se suivent et se ressemblent. Le mercredi 11 juin, la Commission électorale nationale indépendante a, en effet, proclamé les résultats provisoires des législatives du 5 juin dernier. Sans surprise le CNDD-FDD (Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie) s'en sort victorieux avec 96,51 % des suffrages exprimés.

Pour les 20 autres formations et coalitions qui étaient en lice, c'est la totale bérézina : aucune ne recueillant au moins 2% des voix qui leur auraient permis de prétendre à un siège en vertu de la Constitution burundaise. Pas même l'ancien parti unique UPRONA (Union pour le progrès national) qui arrive en deuxième position très loin derrière le parti majoritaire avec seulement 1,3 % des voix.

Du coup, la majorité présidentielle va s'adjuger tous les 100 sièges de l'Assemblée nationale qui étaient mis en jeu. Les 11 autres strapontins de l'hémicycle devant être partagés, en vertu de la loi fondamentale, entre les Hutus, 8 élus, et les 3 avec 3 élus. Une cooptation qui tient compte des équilibres ethniques par l'effet de la loi fondamentale du pays. Autant dire qu'on aura une Assemblée nationale monocolore, une fois de plus.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Rien de nouveau, en effet, sous le soleil du Burundi où depuis une vingtaine d'années règne un parti unique de fait. A titre d'exemple, lors des législatives de 2015, le CNDD-FDD avait raflé 86 des 121 sièges contre 32 pour la Coalition des indépendants de l'espoir d'Agathon Rwasa et de Charles Nditije et 2 pour l'UPRONA. Aux échéances d'août 2020, le parti majoritaire avait engrangé 86 sièges contre 34 pour l'opposition et 3 pour les autres partis.

Les opposants ont beau crier à la fraude, aux résultats fantaisistes et truqués, et dénoncé de graves irrégularités, rien ne semble perturber le sommeil d'Evariste Ndayishimiye qui a succédé, le 18 juin 2020, à Pierre Nkurunziza qui avait décidé de ne pas se représenter à la présidentielle. Depuis, il marche sur les pas de son prédécesseur, transformant ce pays de 13,69 millions d'habitants en un véritable goulag à ciel ouvert où les droits de l'homme sont régulièrement bafoués. En réalité, personne ne peut pisser et secouer, de nombreux hommes politiques, journalistes et activistes de la société civile, croupissent en prison quand ils ne sont pas contraints à l'exil ou tout simplement envoyés à six pieds sous terre.

Comme tant d'autres pays à travers le continent, le pays n'a donc de démocratique que le nom et on se demande bien parfois s'il n'est pas plus utile d'économiser les milliards injectés dans l'organisation des élections pour les destiner à d'autres projets plus bénéfiques pour les populations plutôt que de se donner l'illusion d'un pluralisme de façade. Pour tout dire, le général Ndayishimiye a transformé le pays en un véritable camp militaire où tout le monde est obligé de marcher au pas, au son du clairon, et gare à celui dont la tête dépasse d'un iota.

Que ce soit à Bujumbura ou dans de nombreuses autres capitales, il faut pourtant se garder d'avoir le sentiment de la toute-puissance car si aux frustrations politiques se greffent de nombreuses autres difficultés sociales et économiques du quotidien pour des populations dont 75 % vivent en dessous du seuil de pauvreté, la cocote minute qui bouillonne peut sauter à tout moment sans que les puissants du moment s'en rendent compte. Malgré donc ce score soviétique, le président burundais gagnerait à ne pas trop tirer sur la corde pour éviter qu'elle finisse par se casser avec toutes les conséquences qu'on peut imaginer.

AllAfrica publie environ 500 articles par jour provenant de plus de 80 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.