Ile Maurice: Un contrat controversé mène à l'arrestation de Rajiv Servansingh

Le paysage économique est une nouvelle fois secoué par une affaire de corruption. Rajiv Servansingh, ancien directeur général de la State Trading Corporation (STC), a été arrêté par la Financial Crimes Commission (FCC), hier. Cette arrestation intervient dans le cadre d'une enquête approfondie sur l'attribution d'un contrat de Rs 30 milliards à la société singapourienne, Mercantile & Maritime Investments Group (MMG), pour la fourniture de carburants à l'État mauricien.

L'ex-directeur a été provisoirement inculpé sous la Prevention of Corruption Act pour l'utilisation de ses fonctions pour favoriser indûment une tierce partie. Il est reproché à Rajiv Servansingh d'avoir facilité, en sa qualité de directeur général de la STC, l'octroi du contrat de fourniture de produits pétroliers à MMG en écartant l'offre pourtant plus compétitive de la société OQ Trading Ltd, sélectionnée initialement via un appel d'offres. La liberté conditionnelle a été accordée à Rajiv Servansingh alors qu'il s'est présenté en cour de Rose-Hill hier. L'ancien directeur général de la STC devra fournir une caution de Rs 400 000 et signer une reconnaissance de dette de Rs 3 millions.

L'enquête de la FCC, débutée en janvier 2025, a mis en lumière une chronologie troublante. Le 5 mai 2023, la STC avait lancé un appel d'offres international pour la fourniture de carburants sur une période de 12 mois. Le 7 juin, le conseil d'administration avait retenu l'offre la plus avantageuse, celle d'OQ Trading Ltd. Pourtant, à peine deux semaines plus tard, une proposition émanant de MMG - entreprise qui n'avait pas participé à l'appel d'offres initial - est directement parvenue à la direction de la STC, offrant des conditions financières apparemment plus attractives, notamment un paiement en roupies et une prime réduite. Cette offre a été acceptée et l'appel d'offres initial annulé.

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Selon la FCC, cette procédure aurait violé plusieurs règles de transparence et de gouvernance, en particulier l'absence de justification réglementaire pour annuler un appel d'offres déjà adjugé. Les enquêteurs soupçonnent que des pressions internes aient été exercées pour favoriser MMG, avec la complicité présumée de hauts responsables de la STC, dont Rajiv Servansingh.

Mercantile & Maritime Group, enregistré à Singapour depuis 2017, appartient intégralement à l'homme d'affaires Murtaza Ali Lakhani. La société se présente comme un acteur indépendant du négoce pétrolier, ayant commercialisé plus de 400 millions de barils de brut à l'échelle mondiale. Jusqu'en 2023, elle n'était pas connue pour avoir remporté de marchés publics à Maurice. Son entrée sur le marché mauricien des carburants, en contournant les procédures d'appel d'offres classiques, a suscité de vives critiques de la part de l'opposition et de plusieurs experts en marchés publics. En mai, le gouvernement a défendu publiquement ce contrat, affirmant qu'il avait été négocié dans l'intérêt du pays, à un moment critique pour la sécurité énergétique.

L'arrestation de Rajiv Servansingh fait suite à une série de développements judiciaires. Le 11 avril, la FCC avait procédé à une perquisition au domicile de Kareena Neisius, représentante locale de MMG, qui a depuis été inculpée de conspiration en vue de blanchiment d'argent. Rajiv Servansingh, quant à lui, été entendu à plusieurs reprises, notamment under warning, avant d'être finalement arrêté hier matin. Il a été présenté dans la journée devant la cour de Rose-Hill où il a comparu sous une charge provisoire.

Cette affaire, qui s'ajoute à une série d'enquêtes pour corruption impliquant des hauts fonctionnaires mauriciens en 2025, relance les interrogations sur la transparence des grandes décisions publiques.

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