Afrique de l'Ouest: UEMOA - Zone sur courants alternatifs

16 Juin 2025

Les « Boad Development Days » ont été l'occasion de faire le point sur l'état de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Le constat reste inchangé depuis plusieurs années : une zone aux fortes potentialités, mais qui peine encore à les valoriser au profit de ses populations.

LOMÉ - Vert clair ou rouge orangé, c'est selon. Les chiffres sur l'état de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) peuvent être diversement interprétés. Là où certains verront le verre à moitié plein, d'autres le considéreront à moitié vide. Dans un cas comme dans l'autre, un constat fait l'unanimité : cette zone laisse un goût d'inachevé au regard de ses potentialités dans de nombreux secteurs.

Le diagnostic dressé, hier, par Ambroise Kafando, directeur de la Stratégie et des Études de la Boad, à l'occasion des « Boad Development Days », permet d'en saisir tout le paradoxe. Il ressort de son analyse que le cadre macroéconomique de la zone Uemoa demeure solide grâce à l'efficacité des institutions régionales et aux politiques mises en oeuvre par les différents États. Ce, malgré les chocs externes - Covid-19, crise russo-ukrainienne - qui ont entraîné une hausse des prix dans les pays membres. « Fort heureusement, grâce à ces politiques et aux efforts de nos États, le taux d'inflation suit une tendance baissière. Il se chiffre, aujourd'hui, à 3,5 % et nous pensons qu'en 2025 il tendra vers la norme communautaire de 3 % », a soutenu M. Kafando.

Il décrit une Union où l'endettement demeure modéré, mais avec quelques signaux d'alerte. Certains pays dépassent le seuil de 70 % du Pib fixé par la norme communautaire. « Pour la plupart des États, nous constatons une certaine accélération de l'endettement. Face à ce phénomène, des mesures doivent être prises », a-t-il souligné. Par ailleurs, il a noté une croissance économique soutenue par les investissements directs étrangers en forte hausse. Ceux-ci ont même doublé entre 2018 et 2022, portés notamment par les grands projets pétroliers et gaziers au Sénégal.

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Cependant, la zone Uemoa fait face à de nombreux défis : vulnérabilité au changement climatique, accès limité au numérique (seulement 35 % de la population), faible compétitivité des économies due au coût élevé des facteurs de production - notamment de l'énergie avec un prix du kWh particulièrement élevé - et mauvais état des infrastructures routières, qui empêche un transport compétitif.

À cela s'ajoutent la persistance de la crise sécuritaire qui freine les investissements et un système de formation technique et professionnelle insuffisant qui prive les secteurs clés du capital humain nécessaire au développement. Le taux d'alphabétisation s'élève à 42 %, le taux d'employabilité à 51 %, pour un taux de chômage de 12 %. Tous ces éléments expliquent pourquoi les pays de l'Uemoa restent, selon lui, à la traîne dans le classement mondial de l'Indice de développement humain (Idh) du Pnud.

Un potentiel à valoriser

Toutefois, Ambroise Kafando tient à rappeler que l'Union - partagée par le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée-Bissau, le Mali, la Côte d'Ivoire, le Niger, le Togo et le Sénégal - n'est pas uniquement un espace de défis. C'est aussi une zone riche en potentialités : des ressources naturelles abondantes (or, phosphate, manganèse, pétrole, gaz), des terres arables et un avantage démographique majeur. « Notre Union bénéficie d'une population jeune : 60 % ont moins de 25 ans. Nous avons un marché de 133 millions de personnes, avec une classe moyenne en croissance qui dispose des moyens de consommation, capable donc de soutenir la demande intérieure », a-t-il ajouté.

M. Kafando précise que la Boad joue et continuera de jouer un rôle majeur de « catalyseur » dans le développement de la zone Uemoa. Il affirme que la Banque a dépassé ses objectifs au cours des cinq dernières années. « D'ici la fin de l'année, nous atteindrons entre 106 % et 110 % de réalisation. Nous avons un taux de décaissement de 74 % ; ce qui représente 1.821 milliards de FCfa sur un total prévu de 2.480 milliards de FCfa », a-t-il conclu.

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