Guinée: Organisation des scrutins - CENI ou DGE, c'est kif-kif bourricot

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Lors du Africa CEO Forum à Abidjan, les 12 et 13 mai 2025, le Premier ministre guinéen Amadou Oury Bah avait levé un coin du voile sur le calendrier électoral, prévoyant l'organisation des scrutins de fin 2025 pour un retour à une vie constitutionnelle normale.

Depuis, on en sait un peu plus puisque le référendum constitutionnel devrait avoir lieu le 21 septembre prochain, avant que les élections législatives et présidentielle ne se tiennent en décembre.

Au regard de l'état d'organisation de ces échéances électorales, on ne sait toujours pas si ces délais seront tenus. En attendant, la refonte du système électoral avance à grands pas.

Sous réserve d'adoption par référendum, la nouvelle Constitution prévoit deux mandats présidentiels de cinq ans. Dernière grande décision en date : la création d'une Direction générale des élections (DGE) qui remplace la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

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Le décret signé le week-end dernier par le président de la transition, Mamadi Doumbouya, confirme l'annonce faite en avril dernier. Désormais, cette institution, placée sous l'autorité du ministère de l'Administration territoriale, aura en charge l'organisation des élections politiques et des référendums sur l'ensemble du territoire guinéen comme le dit le texte.

Fini donc la CENI des années 90, comme il en existe encore un peu partout sur le continent. Le pouvoir reprend en main l'organisation des scrutins, même si cette DGE devrait être flanquée d'un « observatoire » où seront représentés les partis politiques et les acteurs de la société civile pour « contrôler » et « superviser » les actions du ministère. On est curieux de savoir comment un tel contrôle et une telle supervision pourront s'exercer en étant hors de l'organe principal chargé de l'organisation des scrutins.

Comme il fallait s'y attendre, dès l'annonce de la création de cette DGE, de nombreux acteurs politiques et membres de la société civile ont donné de la voix, estimant notamment qu'il s'agit d'un machin à la solde du pouvoir, destiné à dérouler le tapis rouge au général Mamadi Doumbouya. « Un véritable verrou militaire sur le processus électoral », comme le soutiennent certains.

Cette position n'est pas partagée par les tenants du pouvoir, qui voient en ce nouvel organe « un instrument pour recréer la confiance entre le peuple et l'Etat », dixit le porte-parole du gouvernement guinéen, Ousmane Gaoual Diallo. Les partisans de cette réforme électorale vont jusqu'à faire des comparaisons avec des pays comme le Sénégal, où les élections sont organisées par le ministère de l'Intérieur, et pourquoi pas la France ou de nombreux autres pays démocratiques où c'est aussi le cas.

Mais la comparaison s'arrête là. Au Sénégal, même si les élections sont organisées par le ministère de l'Intérieur, les scrutins ont rarement été entachés de fraudes massives ou d'irrégularités criantes, et on a régulièrement assisté à des alternances incontestables. Tout le contraire de la Guinée, où le raffinement démocratique n'a pas encore atteint ce stade.

Il est vrai qu'en Guinée comme ailleurs, les CENI n'ont souvent d'indépendance que le nom, puisqu'elles sont fréquemment sous la coupe des puissants du moment. Mais elles ont au moins l'avantage d'avoir un minimum d'autonomie pour fonctionner, ce qui ne sera certainement pas le cas de la DGE, qui ne peut que se mettre au garde-à-vous devant le ministre de l'Administration territoriale, donc devant le gouvernement et le président de la République.

Cela dit, CENI ou DGE, verrou militaire ou pas, même si la CENI avait été maintenue, Mamadi Doumbouya, quelqu'un qui a pris le pouvoir par la force et qui compte s'y maintenir par les mêmes moyens, a-t-il besoin de s'entourer de quelque scrupule démocratique pour passer un petit coup de vernis démocratique sur un pouvoir qui demeurera fondamentalement militaire ? Là est la question.

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