Togo: Une nouvelle ère de contestation?

18 Juin 2025
analyse

Si la contestation a souvent été une volonté, voire un rêve pour l’opposition politique au Togo, l’avènement du changement de régime constitutionnel est devenu le point d’ancrage de la contestation, aujourd’hui élargie à la société civile, avec le basculement vers la 5ème République et le régime parlementaire qui, depuis mai 2024, fait de l’ancien président de la République Faure Gnassingbé le nouveau Président du Conseil, élu par le parlement et doté de tous les pouvoirs du président de la République sous l’ancien régime auquel il s’est substitué.

Si le processus qui a mené à ce nouveau régime parlementaire est totalement favorable au camp du président du Conseil, avec des élections largement remportées au niveau de l’Assemblée nationale et du Sénat, il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui Faure Gnassingbé doit faire face, à l’entame de son nouveau mandat, à une sérieuse contestation.

La nouveauté aujourd’hui, c’est la jonction qu’a réussi à obtenir l’opposition avec la société civile, en portant sur les fonts baptismaux, le Cadre de Réflexion et d’Action pour le Changement (CRAC) ; un cadre de lutte éminemment politique. D’ailleurs, leur mot d’ordre le démontre à souhait, car il est question de la « démission immédiate » du Président du Conseil, Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005.

C’est au fond, en réaction à la répression violente et à la vague d’arrestation qui se sont abattues sur des figures de l’opposition et de la société civile lors d’une manifestation de protestation contre le pouvoir « illimité » de Faure Gnassingbé, que cette dynamique, qui ne semble pas inquiéter outre mesure le pouvoir en place, a été déclenchée.

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Toutefois, on ne peut occulter quelques signes de nervosité, si l’on se réfère aux mesures restrictives prises à l’encontre de France 24 et RFI, à qui on reproche une couverture tendancieuse des événements politiques de ces derniers jours.

De plus, la récente sortie de la conférence des évêques du Togo sur la situation sociopolitique lors de sa 139ème Session, qui condamne la violence « d’où qu’elle vienne », n’est pas sans soulever des interrogations sur l’appréciation portée sur la répression subie par l’opposition et la société civile lors de leur marche interdite le 06 juin dernier.

À cette nouvelle donne, il faut ajouter l’importance que revêt aujourd’hui les réseaux sociaux et notamment TikTok qui a été un élément catalyseur dans la mobilisation, y compris celle de la diaspora en ce début du mois de juin, qui coïncidait avec l’anniversaire du Président Faure.

La symbolique est aussi importante, et le contexte de la hausse du prix de l’électricité a accru le sentiment d’insatisfaction qu’a bien perçu le célèbre rappeur Amron qui avait appelé à la manifestation dans les rues de Lomé, ce qui lui a valu son arrestation. C’est dire que la tension est en train de monter, et cette manifestation interdite et réprimée est un jalon qu’il ne faut pas négliger, au regard de la nouvelle dynamique impulsée par l’opposition et la société civile.

Pour autant, la priorité semble être ailleurs pour le nouveau chef de l’exécutif togolais, préoccupé par sa médiation en RDC, après celle qui n’a pas prospéré au niveau de la CEDEAO.

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