C'est sans nul doute le naufrage de trop. Le 8 septembre 2024, une embarcation en pirogue avec à son bord une centaine de migrants, parti de Mbour pour rallier les Iles Canarie, échouait à quelque 3 kilomètres des côtes sénégalaises.
Combien étaient-ils dans ce rafiot à vouloir rejoindre ce présumé eldorado européen au péril de leur vie, comme tant et tant d'autres avant eux. Cent ?, cent-cinquante ? On ne le sait vraiment pas, quant on sait que ces rafiots parfois de fortune embarquent plus qu'ils ne peuvent transporter. Ce jour-là, une trentaine de personnes périront et on notera en outre de nombreux disparus. Une tragédie de plus qui avait suscité l'émoi au Sénégal, au point que le président Bassirou Diomaye Faye s'était personnellement rendu sur les lieux.
Quelque neuf mois après ce naufrage, le procès ouvert lundi dernier a rendu son verdict. Ça sera 7 ans de prison ferme contre Cheikh Sall, le principal organisateur de la traversée et pilote de la pirogue, reconnu coupable d'homicide involontaire, de trafic de migrants et de mise en danger de la vie d'autrui. Son complice, lui, écope de 2 ans d'emprisonnement, et tous deux devront verser 5 millions de F CFA aux familles des victimes.
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Une peine plus lourde que la réquisition du Parquet, qui ne réclamait que 2 ans de prison ferme. Le retrait de la plainte par les parents des victimes n'y a donc rien fait. En effet, rappelons que les ayant droits des naufragés avaient retiré leur plainte, après que Cheikh Sall qui a perdu lui-même quatre enfants dans ce drame eut demandé pardon. Un pardon qui lui avait été accordé. Pour autant, ce règlement à l'amiable, pour ne pas dire familial, n'a pas empêché la procédure d'aller jusqu'au bout, dans la mesure où selon la justice, cela n'enlève rien à la « gravité exceptionnelle des faits ».
Le moins que l'on puisse dire c'est que la justice a eu la main particulièrement lourde. Tout semble indiqué qu'il s'agit d'un verdict pour l'exemple, infligé pour décourager à jamais les petites et les grandes mains de ces trafics, qui cassent du sucre sur le dos des pauvres hères qui, faute d'avenir dans leur propre pays, sont attirées par le mirage de la migration clandestine, avec les conséquences souvent dramatiques qu'on sait.
Il faut donc espérer que cette sentence dissuadera à l'avenir ceux qui seront tenter d'emprunter à nouveau le même chemin, même si à l'évidence il faut bien plus que ce procès pour enrailler définitivement la spirale infernale de ce fléau.