Dans un atelier du village de Marimauta, au Zimbabwe, les affaires sont florissantes.
Faits saillants
Des entrepreneurs locaux viennent commander des machines sur mesure. Une machine de transformation du maïs fonctionnant à l'énergie solaire est mise à la disposition des agriculteurs de toute la région. De jeunes apprentis acquièrent de nouvelles compétences techniques et numériques.
La scène contraste fortement avec celle de 2019, lorsque le cyclone Idai a ravagé la région, détruisant les lignes électriques et obligeant les entreprises à fermer. Pendant des mois, Jacob Mukunukuji, propriétaire de l'atelier, et ses voisins ont dû composer avec des générateurs diesel coûteux et bruyants qui pouvaient à peine faire fonctionner les outils de base, sans parler des machines lourdes dont l'entreprise florissante de Jacob avait besoin.
« Il est très important d'avoir de l'électricité », explique Jacob, 31 ans (photo ci-dessus). « Si je veux fabriquer des pièces métalliques, je suis en mesure de le faire, car j'ai suffisamment d'électricité. »
Sur les 685 millions de personnes qui n'ont pas accès à l'électricité dans le monde, près de 600 millions vivent en Afrique subsaharienne. Les étudiants ne peuvent pas étudier après la tombée de la nuit. Les entreprises ne peuvent pas prospérer. Et les économies locales et nationales vacillent, faute d'énergie pour faire fonctionner les entreprises, créer des emplois et se développer.
Parallèlement, l'Afrique possède la population la plus jeune du monde et celle qui connaît la croissance la plus rapide. Plus de 60 % des habitants ont moins de 25 ans. Selon la Commission économique pour l'Afrique des Nations unies, il devrait y avoir 138 millions de jeunes Africains en plus au cours des 25 prochaines années.
C'est à la fois un défi énorme et une opportunité. Au rythme actuel, l'Afrique ne sera pas en mesure de créer suffisamment d'emplois décents pour sa population croissante. Et avec tant de personnes qui n'ont accès ni à l'électricité ni au financement, à la formation et au soutien aux entreprises nécessaires pour accélérer son développement, il sera difficile de réaliser la croissance économique nécessaire.
Pourtant, avec des investissements adéquats, l'Afrique peut dégager des milliards de dollars en termes de croissance et devenir un moteur clé de la résilience économique mondiale et de l'innovation en matière d'énergie propre. À elles seules, les ressources naturelles abondantes et le potentiel en énergie renouvelable de l'Afrique pourraient créer jusqu'à 100 millions d'emplois et de moyens de subsistance nouveaux et améliorés d'ici à 2050.
Avec un soutien adéquat, la main-d'oeuvre jeune et dynamique de l'Afrique pourrait aider le continent à s'affranchir des combustibles traditionnels et bâtir un avenir radieux, propre et prospère, devenant ainsi à la fois le moteur et le bénéficiaire de cette transformation.
L'accès à l'électricité, associé à l'apprentissage, à la formation technique et au financement, peut leur permettre de développer des entreprises et de stimuler le progrès dans de nombreux secteurs, de l'agriculture à l'industrie manufacturière, en passant par le leadership énergétique, entre autres. Grâce à une énergie propre, abordable et stable, les jeunes ont davantage de possibilités de poursuivre leurs études, d'acquérir des compétences, de créer des entreprises et d'aider les autres à progresser.
Prenons l'exemple de Hasmia Sidratu Bangura, qui vit en Sierra Leone. Après avoir suivi un programme de formation sur les énergies propres, cette jeune diplômée en ingénierie est devenue technicienne de terrain dans une entreprise spécialisée dans les énergies renouvelables, où elle met à profit les compétences acquises pour contribuer à la croissance durable de son pays.
Dans la communauté de Kiguna, au Nigéria, des pêcheuses ont eu recours à un financement innovant pour acquérir une installation de stockage frigorifique fonctionnant à l'énergie solaire, redynamisant ainsi le commerce local et insufflant une nouvelle vie à leur communauté. « Désormais, nos aliments ne s'abîment plus et nous n'avons plus besoin de les vendre à bas prix », explique Blessing Bitrus, poissonnière et entrepreneure.
Au Kenya, le salon de coiffure de John Masha Ngowa à Tezo reste ouvert tard dans la soirée grâce à l'énergie solaire hors réseau.
Pendant ce temps, au Zimbabwe, l'atelier de Jacob accueille régulièrement des apprentis. L'an dernier, quatre étudiants ont obtenu un certificat en soudure et fabrication, ce qui leur a ouvert la voie vers de nouvelles carrières.
Nos cinq organisations -- la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, soutenues par Sustainable Energy for All (SEforALL), l'Alliance mondiale pour l'énergie au service des populations et de la planète (GEAPP) et la Fondation Rockefeller avec sa branche caritative, RF Catalytic Capital -- sont unies pour accélérer cette croissance.
La Mission 300 est notre initiative audacieuse visant à raccorder 300 millions d'Africains à l'électricité d'ici à 2030. En mettant en commun nos ressources, notre influence et notre expertise, et en nous associant aux gouvernements, aux entreprises et aux communautés, nous transformons les marchés de l'énergie, développons le financement et aidons les gouvernements à définir et à atteindre leurs objectifs énergétiques nationaux.
Nous nous engageons à faire en sorte que l'accès à l'électricité s'accompagne des outils, des financements et des formations adéquats pour améliorer les compétences d'une main-d'oeuvre jeune et dynamique et créer un effet d'entraînement qui favorisera l'innovation, l'entrepreneuriat et l'emploi.
La ligne électrique, qui a raccordé Jacob et sa communauté au réseau, a été financée par la Banque africaine de développement.
L'énergie solaire et la chambre froide, qui ont transformé la communauté de Blessing, ont été rendues possibles grâce à la GEAPP et à ses partenaires.
La formation, qui a permis à Hasmia de progresser dans sa carrière dans le domaine des énergies propres, a été dispensée par SEforALL, qui forme de jeunes professionnels de l'énergie en Afrique pour qu'ils puissent mener à bien le développement d'énergies durables.
Les mini-réseaux qui alimentent les écoles et les entreprises dans les zones rurales du Kenya ont été soutenus par le Off Grid Solar Access Project de la Banque mondiale, qui a permis d'alimenter des écoles, des cliniques et des foyers en électricité grâce à des mini-réseaux solaires, profitant ainsi à 1,5 million de personnes.
La tâche qui nous attend est immense et d'une urgence vitale. Alors que nous nous réunissons au Forum de l'énergie en Afrique et au Youth Energy Summit, nous sommes fiers de joindre notre voix à celle des jeunes pour adresser ce message aux décideurs politiques, aux investisseurs et à nos partenaires : accélérons l'accès à l'énergie, tout en investissant dans le développement des talents et de la main-d'oeuvre.
En investissant dans la jeunesse africaine, la Mission 300 veille à ce que chaque nouveau raccordement à l'électricité soit un tremplin vers l'emploi et la croissance, ouvrant ainsi la voie à un avenir prospère et riche en énergie pour l'Afrique.
Auteurs :Makena Ireri | Directrice générale, Demande, emplois et moyens de subsistance, GEAPPLolade Abiola | Responsable de programme au Nigéria ETO, SEforALLWadzanayi Muchenje | Directrice du bureau régional pour l'Afrique de la, Foundation RockefellerJohanna Christine Galan | Coordinatrice de la Mission 300 / spécialiste principale en énergie à la, Banque mondiale Caroline Makenzi | Coordinatrice principale de programme, Énergie et climat, à la Banque africaine de développement