Congo-Kinshasa: RDC-Rwanda - Denis Mukwege exprime de profondes réserves sur les négociations en cours

Dans une déclaration rendue publique, hier jeudi 19 juin 2025, le Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix, et ancien candidat à la Présidentielle 2023, exprime de fortes inquiétudes quant au processus de médiation en cours entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, sous l'égide des Etats-Unis et l'observation du Qatar. Tout en réaffirmant son attachement à toute initiative en faveur d'une paix juste, durable et respectueuse des droits des populations civiles, il dénonce cependant le caractère vague, opaque et non inclusif des négociations. Il alerte sur le risque de voir l'agression contre la RDC minimisée, voire légitimée, et redoute que la justice ne soit sacrifiée au profit d'une logique de coopération économique. Selon lui, un tel accord, en l'état, consacrerait l'impunité des crimes passés et présents, tout en contraignant la victime à renoncer à sa souveraineté au nom d'une paix fragile et instable.

Réflexions sur la déclaration conjointe du 18 juin au sujet des pourparlers de paix entre la République démocratique du Congo et la République du Rwanda, sous la médiation des Etats-Unis et sous l'observation de l'État du Qatar

Nous avons pris connaissance de la Déclaration conjointe sur les pourparlers de paix entre la République démocratique du Congo (RDC) et la République du Rwanda, sous la médiation des États-Unis et sous l'observation de l'État du Qatar.

Cette déclaration publiée en date du 18 juin sur le site du Département d'État s'appuie sur la Déclaration de principes signée le 25 avril 2025, sur laquelle nous nous sommes déjà exprimé.

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Nous saluons toutes les initiatives visant à une paix juste et durable pour mettre un terme à la souffrance inouïe de la population civile due à la guerre d'agression, d'occupation et de pillage des ressources naturelles que traverse la RDC.

Pourtant, la déclaration conjointe faisant suite aux pourparlers qui se sont tenus cette semaine à Washington au niveau des équipes techniques des parties au conflit en présence de la Sous-secrétaire d'État américaine aux Affaires politiques, est vague et se contente d'énumérer une série de dispositions sur le respect de l'intégrité territoriale et l'interdiction des hostilités ; le désengagement, le désarmement et l'intégration conditionnelle des groupes armés non étatiques ; la mise en place d'un mécanisme conjoint de coordination; la facilitation du retour des réfugiés et des personnes déplacées à l'intérieur du pays, ainsi que l'accès humanitaire ; et un cadre d'intégration économique régionale.

Nous réitérons notre circonspection face à des efforts de médiation qui éludent la reconnaissance de l'agression de la RDC par le Rwanda et un processus caractérisé par son caractère opaque et non inclusif, qui laisse à penser qu'il est à l'avantage de l'agresseur non sanctionné, qui verra ainsi ses crimes du passé et du présent blanchis en « coopération économique ».

Dans l'état actuel, l'accord en genèse reviendrait à accorder une prime à l'agression, à légitimer le pillage des ressources naturelles congolaises et à contraindre la victime à aliéner son patrimoine national en sacrifiant la justice en vue de garantir une paix précaire et fragile.

 

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