Au lendemain de la nationalisation de sa filiale nigérienne par la junte militaire au pouvoir à Niamey, le géant français de l'uranium qui est présent dans le nord du pays depuis 1971, a dénoncé vendredi 20 juin dans un communiqué « une étape supplémentaire dans la volonté des autorités de l'évincer » du pays. L'événement intervient dans un contexte de fortes tensions entre la France et le Niger depuis le coup d'État de juillet 2023.
Le divorce est consommé entre les autorités nigériennes et la société française Orano. Au lendemain de l'annonce de la nationalisation de la Société des mines de l'Aïr (Somaïr) par la junte militaire au pouvoir à Niamey, Orano - qui en détient 63,40% - dénonce dans un communiqué publié vendredi 20 juin « une étape supplémentaire dans la volonté des autorités de l'évincer » du pays.
Dans ce texte, le géant français de l'uranium présent dans le nord du Niger depuis 1971 dit aussi « s'élever contre [la] politique de spoliation des actifs miniers, en violation des accords liant le groupe et l'État du Niger » et indique qu'elle « entend réclamer la compensation de l'ensemble de son préjudice et faire valoir ses droits sur le stock correspondant aux productions de la Somaïr à date ».
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À ce jour, plus de 1 300 tonnes d'uranium, dont la valeur est estimée à 250 millions d'euros par Orano, sont toujours conservés sur les sites de la Somaïr qui a commencé à exploiter l'uranium du nord du Niger il y a près de 55 ans. Un stock qui conduit Orano à préciser qu'elle se réservait « le droit d'initier toutes actions complémentaires nécessaires, notamment pénales, y compris contre des tiers, en cas de préemption ».
C'est une décision qu'attendaient les populations.
Quelles suites donner à la nationalisation de la Somaïr ?
De son côté, Niamey reproche notamment à Orano de ne pas avoir respecté la règle de partage prévue dans l'entente et d'avoir exporté plus que sa part. Autre point de désaccord : l'arrêt des travaux d'exploitation depuis juillet 2023, le rapatriement des ressortissants français de l'entreprise sans préavis ou encore la déconnexion du système informatique de la Somaïr du réseau global du groupe.
Mais au-delà du litige se pose désormais aussi aux autorités nigériennes la question des suites à donner à cette nationalisation qui, sur le plan technique, ne devrait pas avoir d'incidence particulière, selon un spécialiste du Niger : le site a en effet toujours fonctionné, même dans le contexte du bras de fer entre l'État nigérien et Orano.
La principale interrogation réside plutôt dans le devenir des 1 300 tonnes d'uranium désormais sous la responsabilité du Niger, analyse la même source. À qui seront-elles vendues ? Par quel biais seront-elles acheminées ? Le Niger va-t-il trouver un nouveau partenaire et si oui, lequel ? Alors que Niamey s'est rapproché de Moscou depuis le coup d'État du 26 juillet 2023 contre le président Mohamed Bazoum, pourrait-il s'agir de la Russie ? Du Canada ? Ou bien plutôt de la Chine, bien que les relations entre les deux pays se soient tendues au sujet du pétrole, ou encore de l'Iran, hypothèse qui a provoqué la colère des États-Unis au point que le Niger avait dû démentir ?