À Madagascar, au moins 22 personnes sont mortes après la consommation de nourriture pendant une fête d'anniversaire en banlieue d'Antananarivo le samedi 14 juin 2025. Une vingtaine de patients sont encore en état critique. Alors que trois femmes suspectées d'avoir joué un rôle dans le drame se trouvent depuis le 20 juin en détention préventive à la prison d'Antanimora dans la capitale, des sources médicales remettent en cause auprès de RFI la thèse de l'empoisonnement intentionnel avancée par le gouvernement pour expliquer ces décès.
Une vision troublée, du mal à déglutir et à parler, une sensation de gorge serrée, d'un point de vue clinique, rien ne permet d'évoquer d'emblée un tel geste criminel, assurent plusieurs sources médicales ayant toutes été au contact des victimes. Selon elles, ces symptômes sont en revanche typiques du botulisme. La maladie, provoquée par une puissante toxine, est issue d'une bactérie présente dans des aliments mal conservés, dont le développement est favorisé en cas de rupture de la chaîne du froid.
Une détresse respiratoire aiguë, elle aussi évocatrice du botulisme, a conduit à la mort de plusieurs patients par hypoxie, faute de respirateurs disponibles pour les assister, selon un soignant que RFI a rencontré sous anonymat. Par autocensure, le personnel médical défend la version officielle du régime auprès de l'entourage des victimes.
« La vérité ne meurt jamais »
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Le compagnon de Malalatiana fait partie des défunts. Au lendemain de son décès, la jeune femme exige que la lumière soit faite sur les circonstances de ce drame : « Les médecins sont tenus d'informer les proches et les malades de la situation réelle. Il y'a un dicton malgache qui dit "la vérité ne meurt jamais". Même si ça ne changera rien pour nous, car il ne reviendra pas, pour une fois, cette vérité, pour nous, pour toutes ces familles endeuillées, nous l'attendons. »
Mercredi, alors que les décès se multipliaient, le ministre malgache de la Santé a soutenu la thèse d'un empoisonnement volontaire à la lumière d'un test réalisé sur des souris. Une version confirmée à la télévision nationale par le président Andry Rajoelina le lendemain. À cette heure, les premières analyses réalisées sur le sol malgache à partir des aliments suspects n'ont pas permis d'identifier quel type de poison serait à l'origine du drame, détaille la communication de la présidence. Des études approfondies sont en cours dans un laboratoire français.