Sénégal: Abdou Ndama Thiam - Rencontre avec un personnage à la fois célèbre et mystérieux

23 Juin 2025

Son nom est intimement lié à Diofior, un village sérère connu pour être un bastion de la lutte traditionnelle au Sénégal. Abdou Ndama Thiam, est à la fois célèbre par le nom mais mystérieux par le visage.

Il est à la fois célèbre et méconnu. Beaucoup de Sénégalais ont entendu parler d'Abdou Ndama Thiam à travers d'abord les cantatrices sérères Kangou Sarr, Mayé Ndéb ou encore Khady Diouf Yarwago. Ensuite à travers le célèbre tube de Pape Diouf intitulé « Diofior arrondissement... ». Mais rares sont ceux qui sont en mesure de coller un visage à ce nom.

Abdou Ndama Thiam est pourtant une icône dans sa localité. Il a géré la lutte dans tout l'arrondissement de Diofior pendant aux moins 24 ans. Il était le président des présidents d'associations villageoises qui géraient la lutte dans les 100 villages ou plus que compte cette commune située dans le Centre-ouest du bassin arachidier, dans la region de Fatick. En son temps, il n'y avait pas cet émiettement dans l'organisation de la lutte comme c'est le cas aujourd'hui dans cette contrée.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Tout le monde allait dans le même sens. Il est le porte-étendard de ce sport traditionnel à Diofior et ses environs. Cet ancien lutteur qui a ensuite travaillé comme vigile chez Masse Diokhané, l'ancien directeur général de Radio Sénégal pendant plusieurs années, a consacré une bonne partie de sa vie à promouvoir ce sport traditionnel en milieu sérère et dans tout le Sénégal. Son nom est aujourd'hui inscrit en lettres d'or dans les annales de la lutte traditionnelle.

Le célèbre chanteur Pape Diouf lui a décerné une chanson très aimée des Sénégalais même si dans la première version le patron de « La génération consciente » s'était trompé sur son nom en disant Abdou Ndama Ndiaye au lieu d'Abdou Ndama Thiam. Mais, cette chanson qui rime avec la lutte, l'enfant de Pikine n'est pas le premier à l'interpréter.

Selon Abdou Ndama Thiam, assis sur une natte dans la veranda, d'un bâtiment modeste de sa grande maison, c'est Kangou Sarr de Mbassis qui a été le premier à l'avoir chanté. Ce jour, il était invité par un nommé Madou Mbingane en tant que président des associations de lutte dans tout l'arrondissement en même temps que Kangou Sarr, Mayé Ndép et Marie Louise. Quand il est arrivé, Mamou Ndép qui était l'organisateur dans le village de Faoye l'a annoncé au micro central et a demandé à Kangou Sarr de lui dédier une chanson à la hauteur de son rang. Après Faoye, poursuit Abdou Ndama, il a été invité à Djilass. Les villages organisaient à tour de rôle.

« On avait dit que chaque chanteuse avait droit à trois chansons. Quand son tour est arrivé, Kangou Sarr a dit : « Diofior arrondissement, Abdou Ndama Thiam maat nawo fila ngor ké » (Ce qui signifie Abdou Ndama Thiam ton magistère a beaucoup plu au gens de Diofior) », se souvient cet ancien lutteur.

Grand-Yoff avait organisé un grand événement de lutte quelques temps après. Khady Diouf était sur place. C'est elle, selon Thiam, qui a reformulé la chanson en disant : « Diofior arrondissement, bateau Sénégal ... » C'est de là que Pape Diouf a pris la chanson, mais s'était trompé sur son nom de famille.

« Lorsque j'ai entendu la chanson de Pape Diouf pour la première fois, je me suis dit qu'il a dû se tromper parce qu'il n'y a aucun Abdou Ndama dans cette localité outre que moi, et mon nom c'est Thiam. Quelques jours plus tard, j'ai rencontré Mamadou Basse qui m'a dit avoir entendu un musicien chanter Abdou Ndama Ndiaye alors que lui il connaissait Abdou Ndama Thiam. Je lui ai dit que j'ai aussi entendu la chanson. Il m'a promis de tout faire pour faire rectifier cela. Chose faite », relate-t-il. En concert en France, Pape Diouf a corrigé son erreur en disant dans la chanson Abdou Ndama Thiam.

C'est là qu'il s'est lié d'amitié avec le chanteur pikinois. Jusque-là les deux ne se sont jamais vus. Ils se sont rencontrés pour la première dans une cérémonie de lutte où ils ont été invités en même temps à Loul Sessene. « C'est comme si Pape Diouf me connaissait avant. Lorsqu'il est arrivé, il est venu directement vers moi pour me serrer la main.

Ce jour là, il m'a remis une somme de 250 000 FCfa pour que je la donne aux organisateurs parce qu'il était parrain. C'est même son chauffeur qui m'a déposé chez moi à Diofior. Il avait promis de repasser me voir chez moi, et il l'a fait. La deuxième fois il était en compagnie de Bombardier », mentionne le vieil homme. Son oeuvre dans la lutte ne l'a pas rendu riche, mais elle lui a permis de se lier d'amitié avec beaucoup de personnes connues des Sénégalais. Même ceux qui ne le connaissent pas ont entendu son nom.

Diofior a une tradition ancestrale de lutte. La localité a révélé beaucoup de champions. Plusieurs lutteurs y viennent aussi pour bénéficier des secrets légués par les anciens dans le domaine mystique. Dimlé Diome est un des gardiens de cette tradition à Diofior. Il compte parmi ses visiteurs des proches d'Eumeu Sene mais aussi de Modou Lo.

AllAfrica publie environ 500 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.