Depuis le 22 Juin 2025, la Sierra Léone va pour une période d’un an présider aux destinées de la CEDEAO, succédant ainsi à son prédécesseur le Nigérian Bola Ahmed TINUBU, soit 43 ans après le premier président de la Sierra Léone Siaka Stevens.
Cette accession à la plus haute instance des organes de la Cedeao dans un contexte de crise larvée au sein de l’organisation communautaire, certes correspond à la logique de la présidence tournante, mais va aussi marquer un tournant décisif pour la CEDEAO.
Les festivités marquant le 50éme anniversaire de la Cedeao, organisées ici et là ont en effet revêtu une tonalité particulière, au Ghana par exemple, où parmi tous les chefs d’Etat conviés, y compris ceux de l’AES, seul Julius Maada Bio, le Président Sierra Léonais était présent, les autres avaient préféré se faire représenter, et par qui ? Si on regarde leur rang protocolaire, il faut reconnaitre que ce n’était pas le très haut niveau. Etait-ce parce qu’il y avait un désintérêt par rapport à cet évènement qui survenait juste après l’élection triomphale de John Dramani Mahama, et le message qu’il portait ? Rien n’est moins sûr.
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En effet, au regard de la symbolique, la présence des pays de l’AES à côté de ceux qui sont restés à la CEDEAO, ne donnait pas une image exacte de l’état des relations entre les états membres de la CEDEAO, qui pour certains ne voyaient pas d’un bon œil les initiatives spontanées du Président Ghanéen en direction des pays de l’AES, jusqu’à les inviter ?
On pourrait dire la même chose du sommet économique des pays de l’Afrique de l’ouest organisé à Abuja et auquel les pays de l’AES invités, ont purement et simplement décliné l’invitation.
En décidant, ce 22 JUIN 2025 de porter le Président Julius Maada Bio à la tête de la CEDEAO, les chefs d’Etat ont sans doute voulu jouer la carte de l’équidistance pour ne pas dire de la neutralité.
Le challenge du nouveau président est, il est vrai très relevé, pour ne pas dire quasi impossible ; car d’ici le 29 Juillet, qui est la date butoir de la période de transition vers le départ définitif des pays de l’AES de la CEDEAO, il n’y pratiquement pas de marge de manœuvre au regard de l’évolution des choses.
La seule alternative, si l’on en croit les propos du Ministre des Affaires étrangères du Mali, tenus sur les antennes de la Télévision togolaise New World TV, est que « seul un accord d’association serait envisageable ». C’est au moins clair.
Pendant ce temps des rapprochements se font entre les 12 pays restant encore dans la CEDEAO. Les offensives diplomatiques notées ici et la montrent qu’il ya un repositionnement pour anticiper sur la nouvelle donne qui serait une CEDEAO à 12. Le général Doumbouya se rapproche d’Alassane Ouattara, Diomaye Faye se rapproche du Bissau Guinéen Oumar Sissoko Emballo et bien sûr d’Alassane Ouattara, tandis que Patrice Talon du Bénin, déclare ouvertement vouloir « s’arrimer » au grand voisin Nigeria pour une intégration plus « effective ».
C’est dire donc que le sommet de la CEDEAO de ce 22 juin a été riche en tractations diplomatiques, même si aux yeux de certains on était dans une routine classique. Loin de là, la prise de conscience du risque sécuritaire est bien perceptible, de même que les efforts à faire pour rester une entité forte pour faire face au nouveau changement de paradigme dans les relations internationales, qu’impose la géopolitique mondiale, et que naguère la crise de Covid 19 en avait indiqué les prémisses.