Les dirigeants africains exhortent les États-Unis à adopter des partenariats axés sur l'investissement et à revoir leurs droits de douane

24 Juin 2025
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African Development Bank (Abidjan)

Les dirigeants africains ont appelé, lundi, à une révision urgente des droits de douane américains sur les exportations africaines, appelant à une évolution vers des partenariats transformateurs et des investissements dans le potentiel économique de l'Afrique.

Devant plus de 2 000 dirigeants gouvernementaux et du monde économique, ainsi que d'autres délégués, lors du Sommet des affaires États-Unis-Afrique tenu à Luanda, le président de l'Angola, João Lourenço, a déclaré qu'il était « temps de remplacer la logique de l'aide par la logique de l'investissement et du commerce. »

Le président angolais a exhorté les entreprises américaines à se diversifier au-delà de l'extraction traditionnelle de pétrole et de minéraux et à investir dans des secteurs tels que l'industrie automobile, la construction navale, le tourisme, la production de ciment et d'acier.

« Nous ne cherchons pas d'aide, mais nous construisons des solutions créées en commun », a appuyé le président de la Commission de l'Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf. Ce dernier a appelé à la suppression des droits de douane punitifs et des restrictions de visa, soulignant que la population de l'Afrique de 1,3 milliard d'habitants et ses abondantes ressources demeurent parmi les opportunités économiques inexploitées les plus importantes au monde.

« Ce sommet ne devrait pas être un simple sommet, mais un appel à l'action. Ensemble, empruntons la voie de la prospérité, avec l'unité, la détermination et l'Agenda 2063 comme guide », a-t-il lancé.

« Nous devons revoir les droits de douane élevés imposés aux pays africains », a affirmé le président du Groupe de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina. « Ce qu'il faut, c'est accroître les échanges commerciaux entre l'Afrique et les États-Unis, et non les réduire. »

Le secrétaire général de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), Wamkele Mene, a renforcé le programme d'intégration de l'Afrique, soulignant l'importance de marchés régionaux ouverts. « Le projet de la ZLECAf est ambitieux, il se doit d'être ambitieux », a-t-il soutenu. Il a insisté sur le fait que le succès de la ZLECAf était essentiel pour accroître les investissements, réduire la fragmentation et accélérer le développement industriel sur le continent.

De la rhétorique à l'action : construire de véritables partenariats

Le message principal était clair : l'ère de la dépendance à l'aide est révolue, et l'heure est venue de nouer des partenariats d'investissement transformateurs. Les dirigeants ont appelé à des investissements stratégiques et audacieux pour libérer le potentiel de l'Afrique, estimé à mille milliards de dollars.

Répondant à cet appel en faveur d'un engagement plus approfondi, les responsables américains ont reconnu l'importance économique croissante de l'Afrique et la nécessité de revoir les perceptions. Selon Troy Fitrell, haut fonctionnaire du Département d'État, « certains chefs d'entreprise américains doivent comprendre les opportunités qu'offrent les échanges commerciaux avec l'Afrique. Notre mission sera désormais de les identifier et de les inciter à se lancer. »

Le Sommet des affaires États-Unis-Afrique promeut la coopération économique et les investissements entre les États-Unis et l'Afrique, en mettant l'accent sur la promotion d'une croissance économique durable et inclusive. En réunissant des dirigeants de gouvernements, d'entreprises et de la société civile, ce sommet offre une plateforme pour discuter des enjeux et des opportunités clés des relations entre les États-Unis et l'Afrique, favorisant ainsi la croissance et le développement des deux côtés.

M. Adesina a cité le corridor de Lobito comme un exemple concret d'investissement stratégique déjà en cours.

« C'est pourquoi la Banque africaine de développement est un partenaire stratégique clé des États-Unis, de l'Angola et de la Zambie pour le développement du corridor de Lobito », a-t-il souligné. Ce corridor crucial reliera de vastes régions de la Zambie et de la République démocratique du Congo au port angolais, améliorant ainsi l'approvisionnement en minéraux, libérant le potentiel agricole et créant des emplois.

Le Fonds africain de développement - le guichet concessionnel du Groupe de la Banque - fournira 500 millions de dollars pour soutenir le développement du corridor de Lobito. De plus, la Banque africaine de développement fournira un milliard de dollars sur cinq ans pour des investissements complémentaires autour du corridor, notamment dans les chaînes de valeur agricoles, les routes et les infrastructures énergétiques.

Agissez en fonction des données, pas des perceptions

« Tandis que nous construisons des corridors de transport, construisons également des corridors de partenariats stratégiques », a suggéré M. Adesina. « Des partenariats stratégiques qui privilégient les investissements dans les infrastructures, l'agriculture, l'industrialisation des minéraux et le développement des infrastructures numériques, ainsi que les marchés financiers. »

Il a lancé ce message aux investisseurs américains : « Agissez en fonction des données, pas des perceptions. Pensez Afrique ! Pensez opportunités ! Pensez concurrence ! De la Société financière de développement international des États-Unis à la Banque d'import-export des États-Unis, en passant par les investisseurs institutionnels et les allocations de capitaux, investissez en Afrique. Rendons à l'Amérique et à l'Afrique leur grandeur. »

Florie Liser, présidente du Corporate Council on Africa, a invité les délégués du sommet à adopter un véritable partenariat : « Au-delà des accords, efforçons-nous de parvenir à une transformation durable. »

Durant la cérémonie d'ouverture du sommet, le Corporate Council on Africa a décerné à M. Adesina son « Distinguished Economic Leadership Award », récompensant ses contributions significatives à la transformation de l'Afrique.

Le vice-président du Conseil, Jean Raymond Boulle, a remis le prix, décrivant comment la Banque africaine de développement avait eu un impact sur des millions d'Africains sous la présidence de M. Adesina, tout en transformant la Banque en une institution de classe mondiale et un partenaire de choix.

Akinwumi Adesina, qui achèvera son secondmandat de cinq ans à la tête du Groupe de la Banque africaine de développement le 31 août prochain, a mené ces dix dernières années des projets transformateurs enAfrique, dans le cadre des cinq priorités stratégiques de la Banque, les « High 5 ». Ces projets ont eu un impact positif sur la vie de plus de 565 millions de personnes sur le continent.

S'exprimant lors d'un événement de haut niveau organisé par Africa50 - une plateforme d'investissement pionnière dans les infrastructures dédiées à l'accélération du développement et de la mise en oeuvre de projets en Afrique -, M. Adesina a souligné le besoin urgent de développer des solutions de financement locales, en particulier en devises locales, pour atténuer la volatilité des devises, réduire les asymétries de risque et améliorer la bancabilité et la stabilité des projets d'infrastructure pour les investisseurs mondiaux.

L'événement, intitulé « Débloquer des capitaux pour les infrastructures africaines grâce à un financement innovant », comprenait une table ronde de haut niveau sur le recyclage des actifs, modérée par Richard Quest de CNN, avec les contributions d'Alain Ebobissé, directeur général d'Africa50, Brook Taye, directeur général d'Ethiopie Investment Holdings, et Armando Manuel, président du Fundo Soberano de Angola.

Ensemble, ils ont exploré comment des modèles innovants, tels que le recyclage des actifs, pouvaient débloquer des capitaux et accélérer le développement des infrastructures en Afrique.

Alain Ebobissé a déclaré que le modèle de recyclage des actifs avait été mis en oeuvre avec succès dans de nombreux pays dans le monde.

« En mettant en oeuvre cette initiative en Afrique, nous poursuivons trois objectifs. Premièrement, monétiser les actifs : garantir que, au lieu de posséder uniquement un pont, vous receviez des liquidités que vous pouvez réinvestir dans vos actifs. Deuxièmement, améliorer l'efficacité des actifs en faisant appel à des opérateurs de premier ordre pour nous aider à les gérer. Troisièmement, et surtout, nous souhaitons rallier des fonds de pension et d'autres investisseurs intéressés par des actifs générateurs de trésorerie pour financer ces projets », a expliqué M. Ebobissé.

M. Adesina a précisé qu'au cours de la dernière décennie, le Groupe de la Banque africaine de développement avait investi plus de 55 milliards de dollars dans les infrastructures, y compris dans des projets régionaux, faisant de la Banque le plus grand bailleur de fonds en matière d'infrastructures en Afrique.

La Banque africaine de développement a créé Africa50, une plateforme de capital-investissement en infrastructures, qui comprend une société de développement de projets et une société de financement de projets, pour soutenir le développement d'infrastructures avec des rendements au taux du marché.

La part manquante de l'Afrique dans une opportunité de 2 900 milliards de dollars

M. Adesina a informé l'auditoire qu'au cours des huit dernières années, depuis sa création, Africa50 avait investi dans un portefeuille de projets d'infrastructure d'une valeur de plus de huit milliards de dollars.

« Mais il faut faire davantage, en particulier du côté des investisseurs du secteur privé », a appelé M. Adesina. « L'Afrique devrait être bien placée pour attirer une partie des 2 900 milliards de dollars d'obligations vertes mondiales. Cependant, le continent représente moins de 1 % des émissions mondiales d'obligations vertes. La plupart des infrastructures africaines restant à construire, les émissions d'obligations vertes représentent une formidable opportunité pour construire des infrastructures vertes, réduire les émissions de carbone et renforcer la résilience climatique. »

La Banque africaine de développement a lancé l'Alliance pour l'infrastructure verte en Afrique (AGIA) afin de mobiliser 500 millions de dollars pour la préparation et le développement de projets, ainsi que dix milliards de dollars pour des investissements dans les infrastructures vertes. Africa 50 est le commandité du Fonds de développement de projets AGIA, aux côtés de plusieurs commanditaires, dont les pays du G7.

Afin d'atténuer les risques à grande échelle en Afrique, la Banque africaine de développement crée l'Agence africaine d'atténuation des risques (AAMI), destinée à regrouper tous les instruments de garantie des banques en une seule entité. Cette entité assurera les garanties contre les risques liés aux actions, les risques climatiques, les risques de refinancement et les risques politiques.

M. Adesina a souligné qu'Africa50 était également un pionnier du recyclage d'actifs, permettant aux gouvernements de récupérer leurs investissements dans les infrastructures en transférant des actifs existants au secteur privé. Cela peut contribuer à réduire le fardeau de la dette et à fournir des liquidités aux gouvernements.

« Le pont Sénégambie, financé à hauteur de 104 millions de dollars par la Banque africaine de développement, a été le premier à bénéficier du programme de recyclage d'actifs. Ce projet a été couronné de succès : la Gambie a reçu 104 millions de dollars, qu'elle a réinvestis via Africa50 », a-t-il ajouté. « Depuis, plusieurs initiatives de recyclage d'actifs sont proposées pour de nombreux projets d'infrastructures financés par le Groupe de la Banque africaine de développement pour le compte de gouvernements. »

Le regain d'élan des partenariats commerciaux entre les États-Unis et l'Afrique a reçu un fort soutien politique, avec la participation de sept chefs d'État, de plusieurs Premiers ministres et de dirigeants d'organisations régionales clés.

Parmi les personnalités présentes figuraient les présidents Denis Sassou Nguesso (République du Congo), Faustin-Archange Touadéra (République centrafricaine), Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo (République démocratique du Congo), Taye Aske Selassie (Éthiopie), Duma Gideon Boko (Botswana), Netumbo Nandi-Ndaitwah (Namibie) et Brice Clotaire Oligui Nguema (Gabon) ; les Premiers ministres Gervais Ndirakobuca (Burundi), Robert Beugré Mambé (Côte d'Ivoire), Russell Mmiso Dlamini (Eswatini), Manuel Osa Nsue Nsua (Guinée équatoriale), Christian Louis Ntsay (Madagascar) et le vice-Premier ministre Nthomeng Justina Majara (Lesotho) ; ainsi que Mahamoud Ali Youssouf, président de la Commission de l'Union africaine, l'ambassadeur Gilberto Da Piedade Verissimo, président de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale, et Elias M. Magosi, secrétaire exécutif de la Communauté de développement de l'Afrique australe.

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