Cameroun: Démission d'Issa Tchiroma Bakary - Chronique d'un divorce annoncé

Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre de l'Emploi et de la Formation professionnelle

C'est un divorce qui n'a pas surpris grand monde, tant la séparation de corps était de notoriété publique.

Issa Tchiroma Bakary, ministre de l'Emploi et de la Formation professionnelle, a en effet remis sa lettre de démission au Premier ministre (PM) le mercredi 25 juin 2025. Il reviendra au PM de la transmettre à qui de droit.

Cela faisait deux bonnes décennies que le désormais démissionnaire suivait Paul Biya et le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), dont son parti, le Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), était un allié de longue date.

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Mais il faut croire que les deux partenaires ne filent plus le parfait amour. Pas plus tard que la semaine dernière, il a dressé un réquisitoire en règle contre les années Biya lors d'une rencontre au Nord-Cameroun avec ses partisans. Dans un ton véhément, l'ancien porte-parole du gouvernement a incité les jeunes à tourner le dos à celui qui est responsable de leur malheur depuis maintenant 40 ans.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette démission fait désordre dans les rangs du pouvoir à quelques mois de la présidentielle d'octobre, même si les proches du président Paul Biya tentent de minimiser ce qui serait un épiphénomène selon eux. « On ne peut pas être de l'intérieur et en même temps de l'extérieur », a asséné un membre de la formation au pouvoir.

Avec un pied dedans et l'autre dehors, Tchiroma a finalement pris la porte, comme on pouvait s'y attendre. Il reste à voir quel impact aura le départ de ce grand électeur lors de la prochaine campagne, d'autant plus que cette région du Cameroun constitue un vivier électoral important pour le RDPC et son candidat naturel. Ce dernier, âgé de 92 ans et au pouvoir depuis 43 ans, n'a cependant pas encore formellement annoncé sa candidature à sa propre succession, ce qui semble aller à l'encontre de tout bon sens.

En attendant, on imagine bien qu'Issa Tchiroma Bakary n'a pas claqué la porte du RDPC pour prendre sa retraite politique. Il se verrait sans doute bien prendre le départ de la course à la magistrature suprême contre celui dont il était un proche collaborateur. Le FSNC devrait tenir très rapidement une réunion, peut-être même demain vendredi, pour statuer sur cette question.

À la vérité, il faut bien plus que cette migration saisonnière pour troubler le sommeil du locataire du palais d'Etoudi, qui règne sans partage sur le Cameroun et qui ne devrait pas avoir de difficultés majeures à se faire réélire.

Cela dit, on ne peut s'empêcher de remarquer que ces démissionnaires -qu'il s'agisse de Maurice Kamto, aujourd'hui à la tête du MRC (Mouvement pour la renaissance du Cameroun), d'Alain Fogue, ancien trésorier du RDPC, d'Albert Dzongang, et bien d'autres -sont tous comptables, à des degrés divers, du bilan catastrophique de Paul Biya. Et que, le moment venu, leur adversaire ne manquera pas de leur rappeler ce long compagnonnage problématique.

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