Le Kenya est toujours sous le choc après les manifestations du 25 juin qui ont tourné à l'émeute. Des rassemblements ont été organisés mercredi en mémoire des victimes de la Manda Maano, ce mouvement de contestation gouvernementale de la jeunesse, réprimé dans le sang par la police, l'année dernière. Selon les organisations de la société civile, 16 personnes ont été tuées avant-hier, et plus de 400 blessées, dans tout le pays. Rencontre avec certaines victimes.
Joseph Muridi Wambura quitte l'hôpital Kenyatta. Son maillot de l'équipe de football Manchester city est maculé de sang séché. Le sien... « J'ai un traumatisme crânien, une main et des côtes cassées, explique-t-il. J'ai très mal. J'essayais de fuir les gaz lacrymogènes quand je me suis retrouvé au milieu des policiers. Ils m'ont violemment battu. Ils utilisaient des bâtons en bois. J'ai cru que j'allais mourir ».
À la morgue de la ville, Fatouma Makoha Opango est effondrée. Après de longues heures de recherches, elle vient de retrouver son neveu, Olis. Il a été tué mercredi. Il n'avait que 17 ans... « J'ai vu sur les réseaux sociaux, qu'un garçon a été tué vers Rungai. Je me suis rendue à la morgue. Là-bas, je montre la photo de mon neveu. On me demande d'attendre, son corps ne peut pas encore être vu. La balle l'a touché à la tête. Je l'ai reconnu par ses vêtements bleus », raconte-t-elle.
Les équipes de l'ONG Vocal Africa font le tour des morgues et des hôpitaux, afin d'aider les familles à retrouver leurs proches. Selon Hussein Khalid, son président, trois dépouilles ont pu être identifiées à la morgue de Nairobi : « Au regard des corps, on soupçonne qu'ils ont été tués par balles. En ce moment, il est crucial de collecter des preuves. On prend des photos, on aura besoin du rapport d'autopsie, on enregistre des témoignages. On espère qu'un jour on pourra obtenir justice pour ces Kényans assassinés. »
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L'Autorité indépendante de surveillance de la police a annoncé mercredi l'ouverture d'enquêtes sur les violences des forces de l'ordre lors de ces manifestations.
De son côté, le gouvernement kényan a affirmé jeudi avoir « déjoué un coup d'État » et dénoncé « du terrorisme déguisé en contestation » lors des manifestations de mercredi, l'ONU demandant des enquêtes « transparentes » au Kenya. Ce jour-là, des milliers de jeunes étaient à nouveau descendus dans la rue dans plusieurs villes pour rendre hommage aux victimes des manifestations organisées en juin et juillet 2024 contre une loi budgétaire controversée et la corruption, dont l'apogée fut la prise du Parlement le 25 juin 2024, durement réprimée. Plus de 60 personnes avaient au total été tuées l'année dernière, et plus de 80 personnes avaient été enlevées -- parfois des mois après les manifestations -, dont certaines sont encore portées disparues, selon les groupes de défense des droits humains.