Un contentieux territorial vieux d'une cinquantaine d'années est à nouveau abordé à Paris, ce lundi 30 juin. La France et Madagascar se réunissent pour la deuxième fois dans le cadre de la commission mixte sur les Îles Éparses, six ans après un premier rendez-vous, afin de discuter de l'avenir de ces micro-territoires dans le canal du Mozambique. Contrôlées par Paris, les Îles Éparses sont revendiquées de longue date par Antananarivo.
C'est entre les murs du Quai d'Orsay, à Paris, que la délégation malgache tentera de défendre la souveraineté de la Grande-Île sur ces territoires inhabités, mais riches en biodiversité et donnant accès à de vastes zones économiques exclusives. Dirigée par la ministre des Affaires étrangères, Rafaravavitafika Rasata, cette délégation est principalement composée de juristes et de spécialistes en relations internationales. Djacoba Oliva Tehindrazanarivelo, ambassadeur de Madagascar auprès de l'Organisation des Nations unies à Genève, et Harifera Elisa Rabemananjara, diplomate et spécialiste en relations internationales, en font partie, tout comme la juriste et ancienne ministre Lalatiana Rakotondrazafy. Le ministre de la Pêche et de l'Économie bleue, Paubert Mahatante, participera également aux négociations.
« Ce comité scientifique sera chargé d'élaborer les arguments techniques, historiques et environnementaux qui serviront à défendre la souveraineté de Madagascar sur ces îles », indiquait un compte-rendu du Conseil des ministres le 18 juin. Dans son dossier, la délégation malgache dispose notamment de deux résolutions des Nations unies, en 1979 et en 1980, demandant à la France « d'entamer sans plus tarder des négociations avec le gouvernement malgache en vue de la réintégration des Îles Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India, qui ont été séparées arbitrairement de Madagascar ».
Loin d'une confrontation brutale, les autorités malgaches aspirent à un dialogue constructif. Le président Andry Rajoelina s'est même dit favorable à « une solution commune » pour mettre fin au statu quo qui prévaut depuis 50 ans.
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« Une anomalie historique à laquelle on doit mettre fin »
Le 24 avril 2025, à la fin de sa visite d'État à Madagascar, Emmanuel Macron avait balayé le scénario d'une restitution par la France des Îles Éparses, privilégiant un système de cogestion. Ces îles, souvent qualifiées de « sanctuaires océaniques de la nature primitive », permettent à Paris, grâce aux zones économiques exclusives qui y sont associées, de contrôler environ la moitié du canal du Mozambique, un espace riche en ressources halieutiques et abritant de potentielles réserves gazières.
À la veille de cette réunion, la société civile malgache se mobilise. Dans un communiqué commun publié ce dimanche, plus de 800 organisations - dont Transparency International Initiative Madagascar et l'Alliance Voahary Gasy - exigent « la reconnaissance totale et immédiate de la souveraineté de Madagascar sur ces îles ».
Corinne Huynh Rahoeliarisoa, coordinatrice nationale de la Coalition nationale de plaidoyer environnemental, s'exprime au nom des signataires :
« Les signataires de ce communiqué demandent aux huit membres de la délégation malagasy aux négociations de maintenir une position ferme, en défendant sans compromis l'intérêt supérieur de la nation. On sait tous que ces Îles Éparses sont une partie intégrante et inaliénable du territoire de la République de Madagascar, que ce soit sur le plan juridique, historique ou géographique. Il est légitime que ces îles appartiennent à Madagascar.
À cet effet, nous dénonçons la persistance de l'administration française sur les Nosy Malagasy - les Îles Éparses - qui symbolisent encore une continuité coloniale inacceptable sur tous les plans. C'est une anomalie historique à laquelle on doit mettre fin.
C'est l'intérêt de Madagascar, sa souveraineté même qui est en jeu. Donc nous appelons tous les citoyens malagasy à se joindre à notre revendication légitime par rapport aux Îles Éparses. C'est une bataille de longue haleine, mais nous sommes déterminés et prêts pour que Madagascar gagne cette bataille. »
