Ils y sont donc parvenus. Après un arrangement préliminaire conclu le 18 juin 2025, la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda ont signé, le 27 juin dernier, à Washington, un accord de paix, sous la houlette de l'Oncle Donald (Trump), qui aura pesé de tout son poids pour que cela se réalise.
Ce succès représente l'aboutissement d'un long et complexe processus qui a débuté en Afrique, avec l'implication active de plusieurs acteurs régionaux. La Communauté de développement d'Afrique australe (CDAA) et la Communauté d'Afrique de l'Est (CAE) ont joué un rôle central dans les premières étapes, en posant les bases de la coopération et du dialogue. Parallèlement, les initiatives menées par l'Angola et le Burundi ont contribué à renforcer ces efforts, apportant des perspectives et des dynamiques supplémentaires. À cela s'est ajoutée l'intervention stratégique et diplomatique de l'Emir du Qatar, dont l'habileté a permis de faciliter les négociations et de préparer le terrain de manière efficace, avant que les Etats-Unis ne terminent la manoeuvre.
Cet accord prévoit plusieurs dispositions clés, notamment la fin des combats, le retrait progressif des rebelles ou leur intégration à l'armée congolaise, la vérification conjointe du territoire, le retour des populations déplacées et la relance économique. Il établit également un mécanisme conjoint de coordination de la sécurité entre la RDC et le Rwanda.
Mais le plus dur reste à venir. C'est à l'épreuve du terrain que l'on verra la véritable valeur de cette union. En effet, ce qui vient d'être conclu est un accord par paliers, avec un calendrier précis de mise en oeuvre. La première étape doit intervenir avant le 27 juillet 2025 : la RDC et le Rwanda doivent mettre en place un « mécanisme conjoint de coordination ». Parallèlement, un comité de surveillance commun réunissant également l'Union africaine (UA), les Etats-Unis et le Qatar sera créé. La première réunion de ce comité se tiendra au plus tard le 11 août.
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Sur le terrain, deux priorités sont ciblées : d'abord, la neutralisation des FDLR et le retrait des mesures défensives mises en place par le Rwanda. Ces actions doivent être réalisées en quatre mois, en plusieurs étapes. Ensuite, trois mois sont prévus pour neutraliser les FDLR et lever les dispositifs militaires côté rwandais. Enfin, sur le plan économique, un cadre d'intégration économique régionale doit être lancé d'ici le 27 septembre.
Comme on le voit, c'est un programme ambitieux, dont la partie la plus délicate est sans doute le désarmement des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
Rappelons que les FDLR constituent un groupe rebelle actif dans l'est de la République démocratique du Congo. Elles ont été formées par des membres des anciennes Forces armées rwandaises (FAR) et des milices Interahamwe qui ont fui au Congo, alors Zaïre, après le génocide rwandais de 1994. Ces groupes étaient responsables de la majorité des massacres pendant le génocide et ont continué à opérer depuis l'est du Congo. C'est d'ailleurs pour cette raison que Kigali s'arroge le droit d'intervenir directement sur le territoire congolais.
L'affaire est d'autant plus complexe que les armées rwandaise et congolaise doivent apprendre à travailler ensemble, alors que le mur de défiance et de méfiance s'est épaissi d'année en année entre les deux pays. Il suffit de voir l'accueil réservé sur place à cet accord pour mesurer le scepticisme des populations, notamment congolaises.
Cela dit, on peut se demander qui serait assez fou pour contrarier les plans du « Pitbull » de la Maison Blanche, qui rêve du Prix Nobel de la Paix en se rasant chaque matin. Et le dossier congolais fait partie de ses arguments de campagne, aux côtés de l'Ukraine, de Gaza, de l'Iran...
Il faut bien le reconnaître : derrière ces récentes avancées diplomatiques se cachent des ambitions économiques à peine dissimulées. Il est largement connu que les grandes puissances, à commencer par les Etats-Unis d'Amérique, sont particulièrement intéressées par les minerais stratégiques -cobalt, coltan, lithium, diamant, cuivre, or,...- dont la RDC regorge. Ces ressources sont au coeur de l'insécurité chronique qui ravage le pays depuis des décennies. Une RDC pacifiée, notamment dans sa région orientale, représente donc un enjeu majeur pour les intérêts économiques. Dans ce contexte, le Rwanda semble jouer le rôle de partenaire local, voire de sous-traitant, pour les Américains dans la mise en oeuvre de cette stratégie.
Cette crise, qui a causé des milliers de morts et des millions de déplacés, rend la vie extrêmement difficile aux populations. Espérons donc que l'échafaudage politico-sécuritaire tienne, afin de permettre aux personnes meurtries de souffler un peu.