Ainsi donc, le chef de l'Etat ougandais, Yoweri Museveni, repartira pour un nouveau tour de piste.
Dans un message publié samedi sur le réseau social X (anciennement Twitter), il a en effet déclaré avoir fait acte de candidature auprès de son parti, le Mouvement de résistance nationale qui, cinq jours auparavant, avait déjà annoncé les couleurs.
Un non-événement en réalité quand on sait que celui qui vient de prendre rendez-vous avec la présidentielle de janvier 2026 est au pouvoir depuis presque quarante ans.
Au terme d'une « guerre de brousse » contre le président Milton Obote, élu en 1986, le maquisard Museveni à la phraséologie marxiste et ses hommes marchent sur Kampala puis s'emparent du pouvoir. Naguère très critique contre les présidents africains qui durent au pouvoir, « Mzee », vieil homme en swahili, a su se draper des oripeaux de la démocratie, dont le vent a soufflé sur l'Afrique au début des années 90, mais en prenant le soin de jeter aux orties les vertus de l'alternance au pouvoir.
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S'il est élu au scrutin de janvier à venir, cela fera le septième mandat consécutif pour celui dont le nom, Museveni, dérive de « seven », « sept », en référence au septième régiment britannique d'infanterie coloniale au sein duquel ont servi des milliers d'Ougandais pendant la Seconde Guerre mondiale. Faut-il y voir un signe prémonitoire ?
En tout cas, depuis qu'il a instauré un Etat de droit en trompe-l'oeil en Ouganda, Yoweri Museveni ne s'embarrassera d'aucun scrupule démocratique pour perpétuer son règne.
En 2015, il a fait sauter la clause limitative du nombre de mandats et trois années plus tard, c'est au tour de la limite d'âge à 75 ans de faire les frais des ambitions présidentielles ad vitam aeternam de celui qui était admiré par les institutions de Breton Woods pour avoir fait de son pays « un bon élève du FMI ».
La limite d'âge supprimée, il ne reste guère donc que la limité biologique qui, elle, ne peut être abrogée.
A moins qu'il ne décide entre temps de ranger les crampons et faire la passe à son incontrôlable fils, Muhoozi Kainerugaba, chef d'état-major générale des Armées.
Redouté pour sa brutalité, réputé pour ses frasques, celui-ci ne l'est pas moins pour sa propension à casser toute personne qui empêche son satrape de paternel d'enrégimenter les pays en paix avant de lui céder les commandes de l'Etat.
N'a-t-il pas, par exemple, menacé de décapiter l'opposition, Bobi Wine, en tête, principal opposant qui avait obtenu 31% des voix à la présidentielle de 2021 ?
Comme quoi, les chiens ne font pas des chats. Après quarante ans de pouvoir autocratique, les Museveni père, mère et fils entendent toujours gérer l'Ouganda comme un patrimoine familial, comme une satrapie où ils ont droit de vie et de mort sur leurs compatriotes qui sont tout sauf des citoyens. Des Ougandais qui n'ont aucun droit si ce n'est celui de subir les caprices débordants d'un clan qui a fait de l'administration, de la justice, de l'armée et de la police, des instruments de monopolisation du pouvoir d'Etat.
En témoigne la chape de plomb sous laquelle les organisations de défense des droits de l'homme et la classe politique sont tenues en laisse. A l'image des opposants Bobi Wine, candidat déclaré à la prochaine présidentielle, plusieurs fois arrêté et Kizza Besigye, appréhendé au Kenya avant d'être extradé à Kampala où il est actuellement en prison dans l'attente d'un procès.