Sénégal: Confirmation de la condamnation de Sonko - Voilà ce qu'on appelle une justice indépendante !

Ousmane Sonko, premier ministre du Sénégal
analyse

Cette douche froide judiciaire en est vraiment une. La Cour suprême du Sénégal a en effet confirmé, le 1er juillet, la condamnation d'Ousmane Sonko, prononcée en janvier 2024.

Cette condamnation faisait suite à une plainte du ministre du Tourisme, Mame Baye Niang, alors que Sonko était leader du Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité). Lors du jugement, le Premier ministre actuel du Sénégal avait été reconnu coupable de diffamation et condamné à six mois de prison avec sursis, ainsi qu'à une amende de 200 millions de francs CFA.

Cette condamnation lui avait également valu la déchéance de ses droits civiques. Il avait donc dû renoncer à ses ambitions politiques au profit de celui qui était alors son secrétaire général, Bassirou Diomaye Faye.

C'était à une époque où les deux hommes étaient dans l'opposition. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. Les opposants d'hier sont devenus les nouveaux maîtres du pays : Faye à la présidence et Sonko comme Premier ministre.

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Autrefois opposés au président Macky Sall, ils avaient crié au complot judiciaire, accusant les juges d'être acquis au régime et la magistrature d'être instrumentalisée à des fins politiques pour faire barrage à leurs adversaires. Et voilà que cette même justice, un an plus tard, confirme la décision rendue avant l'alternance politique intervenue au Sénégal le 2 avril 2024.

Eh oui, voilà ce qu'on peut appeler une justice indépendante. En temps normal, on aurait pu s'attendre à ce que les magistrats suivent la volonté des nouveaux maîtres du pays. Or, ce n'est pas le cas.

On le sait trop bien dans nos pays : il faut avoir du cran pour nager à contre-courant des désidérata des puissants du moment, qui mettent très souvent la justice au service de leurs propres intérêts. Le Premier ministre Sonko devrait donc s'enorgueillir du fait que les magistrats sénégalais fassent honneur à la justice sénégalaise, créditée d'une certaine indépendance. Mais le citoyen Sonko, lui, s'étrangle littéralement de colère, estimant que s'il existe des « magistrats honnêtes », il y a aussi des « magistrats véreux à la solde des politiciens ».

Les grands juges de la Cour suprême, si l'on suit bien la logique des opposants d'hier, seraient toujours stipendiés par l'ancien régime, ce qui reste naturellement à prouver.

Pour bien montrer qu'il est l'homme fort du moment et que la justice ne viendra pas le contrarier, les avocats d'Ousmane Sonko entendent saisir le ministre de la Justice pour demander la révision du procès. Sachant que le garde des sceaux est sous les ordres du gouvernement, on devine déjà la voie royale qui mènera à un nouveau procès, dont ils espèrent que le verdict sera cette fois favorable à leur client. Il est vrai que cette possibilité existe dans le droit sénégalais, à condition qu'un nouvel élément soit apporté. Ce nouvel élément serait un rapport de l'inspection des finances établissant l'implication de Mame Baye Niang dans des dépenses publiques jugées non orthodoxes, selon Ousmane Sonko.

C'est connu, tous les justiciables trouvent toujours à redire quand les décisions de justice ne vont pas dans le sens qu'ils souhaitent. Mais quand on est un homme d'Etat, on devrait avoir l'humilité de s'incliner devant l'autorité de la chose jugée, plutôt que de jeter l'anathème sur une institution judiciaire qui est pourtant respectée un peu partout à travers le continent.

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