Tanzanie: Une grenouille bat tous les records d'altitude sur le Kilimandjaro

Une grenouille en pleine nature (image illustrative)

Fin juin, des guides locaux ont fait une découverte inattendue sur les hauteurs glacées du Kilimandjaro : une grenouille de rivière observée à plus de 4 000 mètres d'altitude -- du jamais vu, selon les experts.

Nommée Amietia wittei, en hommage à l'herpétologue belge Gaston-François De Witte, cette espèce n'avait jusqu'ici été recensée qu'en basse altitude. Ce bond spectaculaire vers les sommets révèle non seulement le potentiel encore largement méconnu de la biodiversité alpine africaine, mais constitue aussi un signal d'alarme face au changement climatique. « On voulait observer le souimanga à houppette rouge. Un tout petit oiseau coloré, qui ressemble à un colibri, friand de nectar. On sait qu'il vit entre 2 000 et 4 500 mètres d'altitude, alors on s'est dit : dans cette partie du Kilimandjaro, on devrait forcément en trouver. »

Une rencontre inattendue

Mais ce n'est pas un oiseau qui a coupé le souffle de Dmitry Andreichuk, cofondateur de l'agence Altezza Travel, lors de cette expédition sur les pentes du plus haut sommet d'Afrique. « Je commence à descendre la pente, et là, je vois quelque chose sauter dans l'eau... Je me dis : "Est-ce que j'ai vraiment vu ça ?" Puis j'avance encore, et je vois une deuxième chose sauter... et là, je réalise que c'est une grenouille ! »

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Ce jour-là, sur le plateau de Shira, au pied du mémorial de Scott Fischer -- cet alpiniste mort sur l'Everest -- l'émotion est à son comble. Dmitry appelle aussitôt son frère. Incrédule, ce dernier lui demande de patienter pour s'assurer de ce qu'ils ont vu. Ils attendront... deux heures. Les pieds dans l'eau glacée, jusqu'à ce que les grenouilles réapparaissent.

Ce qu'ils viennent de découvrir, c'est Amietia wittei, une grenouille de rivière que l'on croyait cantonnée à des altitudes bien plus basses. Le genre Amietia est répandu en Afrique, mais jamais encore ces amphibiens n'avaient été observés à une telle hauteur. Un record.

Survivre dans l'eau glacée

Dans un environnement dans lequel « même rester 30 secondes les pieds dans l'eau vous glace jusqu'aux os », raconte Dmitry, ces grenouilles semblent pourtant prospérer. Le petit cours d'eau -- à peine dix centimètres de profondeur -- abrite une centaine de têtards et plusieurs adultes. « On a tout de suite su que c'était quelque chose d'important. On ne savait pas encore s'il s'agissait d'une nouvelle espèce, mais on savait que les grenouilles de rivière ne montaient normalement pas aussi haut. »

Pour en savoir plus, l'équipe d'Altezza Travel contacte le professeur Alan Channing, spécialiste des amphibiens à l'université du Nord-Ouest en Afrique du Sud. L'expert confirme : il s'agit bien d'Amietia wittei, une espèce déjà recensée sur plusieurs hauts plateaux d'Afrique de l'Est -- notamment au Kenya (Aberdare, mont Elgon, mont Kenya) et en Ouganda -- mais jamais à une telle altitude.

Des survivantes de l'ère glaciaire

« Ces grenouilles ont une incroyable capacité d'adaptation au froid », explique le professeur Channing. « Leur métabolisme fonctionne au ralenti ; elles peuvent survivre dans des eaux glacées, parfois même recouvertes de glace en surface. Elles sont là depuis des millions d'années. »

À mesure que le climat se réchauffe, ces amphibiens semblent grimper toujours plus haut, à la recherche de zones plus fraîches. « Si les ruisseaux continuent de couler à plus haute altitude, elles pourraient monter encore », note-t-il. Mais la menace est bien réelle. Très dépendantes de l'eau froide et des micro-écosystèmes de montagne, Amietia wittei pourrait ne pas suivre le rythme du réchauffement climatique. « Elles s'épanouissent dans les zones fraîches, mais si les températures augmentent trop, leur survie sera compromise ».

Le risque d'une impasse climatique

C'est déjà le cas pour d'autres espèces proches, comme Amietia nutti, qui vivent plus bas. Contrairement au Kilimandjaro qui culmine à près de 6 000 mètres et offre encore une marge d'ascension vers des zones plus fraîches, d'autres massifs d'Afrique de l'Est -- comme le mont Elgon ou les Aberdare au Kenya -- sont plus limités en altitude.

Sur ces sommets, les grenouilles vivent déjà tout en haut. Et si le climat continue de se réchauffer, elles n'auront plus où aller.

Une expédition modeste, un potentiel immense

Au total, une dizaine de personnes participeront à une mission d'observation de ces grenouilles sur le mont Kilimandjaro. Durant 45 jours, ils étudieront leur comportement, leur habitat, et documenteront leur présence.

Les images prises par Altezza Travel montrent des grappes de têtards accrochées aux galets, et des adultes camouflés dans les herbes aquatiques.

Cette découverte pourrait en annoncer d'autres. « On ne faisait même pas de recherches, on randonnait juste pour le plaisir. Et pourtant, on a fait une découverte extraordinaire. Imaginez ce que des chercheurs spécialisés pourraient trouver ». Et de conclure simplement : « Le Kilimandjaro a encore beaucoup à nous révéler. »

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