Cameroun: Paul Biya absent - 7 ans sans conseil des ministres et gouvernement spectral au pays

3 Juillet 2025
opinion

Le Cameroun traverse une crise politique sans précédent sous la présidence de Paul Biya, dont le dernier conseil des ministres remonte à mars 2018. Sept années sans réunion gouvernementale officielle contrastent violemment avec les pratiques de chefs d'État africains qui consultent leurs équipes hebdomadairement. Cette absence prolongée alimente la thèse d'un « gouvernement spectral » une illusion de pouvoir où l'État fonctionne en pilote automatique.

Le RDPC, parti au pouvoir, illustre ce dysfonctionnement structurel. Son dernier congrès ordinaire date de septembre 2011, violant ses statuts imposant une assemblée quinquennale. Cette paralysie institutionnelle s'aggrave par des postes ministériels vacants : cinq démissions et plusieurs décès n'ont jamais donné lieu à des remplacements. L'ancien ministre Issa Tchiroma a brisé l'omerta en reconnaissant que Biya « ne gouverne plus », soulignant l'autisme d'un régime sourd aux réalités.

Des consultations récentes menées par le secrétaire général de la présidence personnage non élu avec des parlementaires confirment la vacance du pouvoir. Pourtant, le système perpétue le mirage d'une présidence active, allant jusqu'à évoquer un nouveau mandat pour Paul Biya malgré ses 92 ans et 43 années de règne. Cette perspective soulève une interrogation cruciale : comment un leader « usé, faible et absent » (selon Tchiroma) pourrait-il briguer un mandat supplémentaire alors qu'il ne nomme plus ses collaborateurs, ne préside aucune réunion stratégique et ignore les crises socio-économiques ?

Jean-Bruno Tagne résume cette dérive par une formule cinglante : « Ce pays, c'est la magie ! ». Une magie noire où l'immobilisme se mue en mécanisme de survie pour une élite accrochée à ses privilèges. L'urgence est désormais aux Camerounais de questionner la légitimité d'un pouvoir fantôme qui compromet leur avenir.

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