Les Comores célèbrent demain dimanche 6 juillet le cinquantième anniversaire de leur indépendance. Cinquante années marquées par une succession de coups d'État et de régimes plus ou moins autoritaires. Depuis 2016, c'est le Président Azali Assoumani qui dirige le pays, après sa réélection contestée il y a un an et demi -- il avait déjà pris le pouvoir entre 1999 et 2002. Après cinquante années d'indépendance, la démocratie comorienne est-elle à la hauteur des attentes ? RFI a interrogé Houmed Msaïdié, conseiller spécial à la présidence, et deux figures de l'opposition : Mouigni Baraka Saïd Soilih (RDCE) et Fahmi Saïd Ibrahim (Juwa).
Houmed Msaïdié : « on ne peut qu'être contents »
Houmed Msaïdié est un ancien ministre, aujourd'hui conseiller spécial du président Azali Assoumani en charge des questions politiques. Cinquante ans après l'indépendance, il se réjouit des acquis du pays et balaie les accusations de l'opposition sur les limites démocratiques du régime.
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« On est satisfaits de cette indépendance. Dans des domaines dans lesquels le pays était très arriéré, par exemple sur l'éducation - je me rappelle encore que, très jeune, au lycée de Moroni, on n'avait que trois professeurs d'origine comorienne, au niveau de la santé, il n'y avait que trois ou quatre docteurs comoriens - aujourd'hui, on en est à plus de deux-cents médecins, plusieurs centaines d'enseignants comoriens : ne serait-ce que sur ce plan-là, on ne peut qu'être contents. On continue aussi dans les infrastructures de santé, et sur le plan économique, le pays se modernise, donc c'est vraiment un moment de fierté. »
Les accusations de l'opposition sur la légitimité du régime actuel ?
« Peut-être que cette opposition n'est pas à la hauteur des enjeux. Le président Azali est issu d'un scrutin (contesté par l'opposition jusqu'à aujourd'hui, NDLR) ! Les opposants n'ont pas encore la stature pour pouvoir remporter une élection. C'est trop facile de se réfugier derrière le vol d'élections. Est-ce que cette opposition est bien organisée, structurée dans le pays pour gagner des élections ? Pour le moment : non. »
Mouigni Baraka Saïd Soilih : « l'indépendance a connu beaucoup de limites »
Mouigni Baraka Saïd Soilih, président du Rassemblement démocratique des Comores pour l'Égalité, est ancien gouverneur de l'île de Grande Comore et trois fois candidat à la présidentielle. Cinquante ans après l'indépendance, il dresse un bilan très affligeant pour la gouvernance du pays.
« Pendant ces cinquante ans, je ne peux compter à peu près que quinze années de démocratie. Les autres années, ce sont des années de parti unique, de dictature féroce, et je voudrais insister surtout sur Azali Assoumani, qui est là actuellement. On ne peut pas parler de démocratie avec autant d'opposants à l'extérieur, qui ont peur, qui ont fui. D'autres sont en prison. Je voudrais aussi parler des institutions : pour l'organisation des élections, la Cour suprême a été nommée totalement par Azali lui-même. Et nous avons vu ce qui s'est passé avec le hold-up électoral de 2019, en 2024 la même chose : avec moins de 26 % des voix (57 % selon les chiffres officiels, NDLAR), Azali s'est déclaré vainqueur dès le premier tour. »
« Actuellement, les partis politiques sont contrôlés, les militaires peuvent venir dans nos réunions. Voilà les limites de ce que nous vivons aujourd'hui. On ne regrette pas d'être indépendants, mais cette indépendance a connu beaucoup de limites jusqu'à aujourd'hui. J'espère que pour l'avenir, les choses doivent peut-être changer Inch'Allah. »
Fahmi Saïd Ibrahim : « il n'y a pas eu d'élections crédibles depuis 2016 »
Maître Fahmi Saïd Ibrahim, du parti Juwa, est ancien ministre des Affaires étrangères et de la Justice, ancien candidat à la présidentielle. Cinquante ans après l'indépendance, il déplore un « échec » pour la démocratie, mais aussi pour l'économie du pays.
« Il est très difficile de parler de bilan satisfaisant en matière de démocratie aux Comores. Ce qui me gêne, c'est l'absence de transparence dans les élections, à l'occasion des dernières grandes élections présidentielles et même législatives. Il n'y a pas eu d'élection crédible depuis 2016 exactement, depuis les élections qui ont porté le président Azali Assoumani au pouvoir. Malheureusement, il y a eu manipulation des urnes, la commission indépendante (commission électorale nationale indépendante, NDLR) ne l'est pas réellement. Il y a une emprise, incontestablement, du pouvoir politique sur l'indépendance des institutions qui organisent les élections. »
« Nous avons échoué dans tous les domaines, pas seulement démocratique. Je pense que l'économie et la politique s'entremêlent, et je pense que quand on a un pays qui a 1,4 milliard de dollars de PIB avec moins d'un million d'habitants, la pauvreté et la misère qui s'installent, l'éducation nationale et la santé publique abandonnées, je pense que c'est un échec patent. »
