L'un des ouvrages majeurs de la littérature du XXème siècle, « Une si longue lettre »a désormais son adaptation au cinéma; Lors de sa sortie en 1979, le roman publié par l'autrice sénégalaise Mariama Ba avait fait beaucoup parler tant il abordait des sujets, au travers du prisme de la femme, encore rares dans le débat public. Quarante-six ans plus tard, le film réalisé par Angèle Diabang montre que les thèmes soulevés par Mariama Ba dans son oeuvre restent d'actualité.
Lorsque son mari prend une seconde épouse après vingt-cinq ans de mariage, Ramatoulaye choisit de se battre. Polygamie, sororité et émancipation féminine sont les sujets au coeur du livre de Mariama Bâ. Et ils traversent toujours la société sénégalaise. « Elle était en avance sur son temps, nous confie l'actrice Amélie Mbaye qui joue le personnage principal de Ramatoulaye. Oser en parler à cette période ! mais elle savait comment le faire, même si parfois les mots étaient très durs... »
Les choses avancent mais les défis restent nombreux pour les jeunes femmes. Aïssata Si incarne Binetou, la seconde femme. « Aujourd'hui, la polygamie, la trahison sont toujours d'actualité mais on commence à gagner certains combats. Chaque jour est un combat ! »
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Une si longue lettre montre une femme forte qui choisit de questionner ce qui lui est imposé. Un miroir nécessaire, particulièrement aujourd'hui, estime Angèle Diabang, la réalisatrice : « J'ai le sentiment qu'aujourd'hui on vit un petit recul qui fait que la femme est déséquilibrée entre l'ancrage dans la tradition et cette envie très forte de vivre dans notre époque très mondialisée, très réseaux sociaux. Il est très compliqué pour cette jeune fille de savoir où est sa place. »
Chacun a sa « longue lettre »
Le style épistolaire du livre n'a pas facilité son adaptation en film, reconnaît la réalisatrice Angèle Diabang. « Ce n'était pas évident d'adapter le roman parce que tout le monde aime le roman et quand quelqu'un me croise et me demande " tu fais tu fais 'Une si longue lettre' ?", et il te récite tout de suite tous les passages qu'il aime ; il te parle des personnages qu'il aime ; et tu avais l'impression que chacun voulait que tu fasses sa "Longue lettre" et ça n'était pas évident. Il y a beaucoup de lettres, comment faire vivre ces lettres-là ? Comment faire en sorte qu'elles ne deviennent pas seulement des mots qu'on écrit ou des mots qu'on dit avec une voix off ?
Ça c'était le défi ! Alors je me suis dit que je devais pouvoir mettre ces lettres-là dans la bouche des acteurs, comme des dialogues, et c'est ce qui m'a sauvée. Je me rendais compte des passages que les gens aiment parce qu'ils m'appelaient pour me le dire et je me disais ce passage là et celui-là, ils doivent être dedans... ils seront dans les dialogues du couple. On a l'impression que le film ne te détache pas du livre, mais c'est parce que les lettres sont devenues des dialogues ou des personnages que j'ai réunis... Et je me dis que si quelqu'un, après avoir vu mon film se dit " tiens, j'aimerais bien retourner lire le roman pour voir par rapport au film", et bien j'aurais gagné ! »
Fruit de douze ans de travail, le film - qui a été sélectionné en mai dernier à l'African film Festival de New York - , réussit avec brio le passage à l'écran d'une oeuvre dont le message n'a peut-être jamais été autant d'actualité... Une si longue lettre est dans les salles sénégalaises depuis vendredi avant une sortie dans le reste du continent à partir du mois de septembre.