Afrique: Les arnaques aux visas canadiens se multiplient sur le continent africain

Depuis 2023, Ottawa a ouvert ses frontières aux citoyens d'Afrique francophone. D'ici à 2027, le pays compte accueillir près de 100 000 nouveaux résidents francophones. Une aubaine, pour certaines personnes malintentionnées, qui en ont profité pour monter des arnaques bien ficelées. Et les victimes se multiplient. C'est le cas de Marie, qui a souhaité garder l'anonymat.

Marie* vit dans un pays d'Afrique francophone. Elle souhaitait changer de vie. S'envoler pour le Canada avec son mari et ses enfants.

En 2024, une amie lui recommande la page Facebook d'une agence spécialisée. Les commentaires sous les posts sont dithyrambiques à l'endroit du « consultant ». Marie y voit une aubaine. « Du coup, je l'ai contacté. Je lui ai soumis mon profil et il m'a répondu qu'il était plutôt bon. Les choses ont commencé comme ça. »

« Il insistait sur la rapidité de l'envoi de l'argent »

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S'ensuivent des échanges et des promesses : de résidence permanente pour Marie et sa famille, d'embauche pour elle. Le consultant promet que l'affaire serait réglée en six mois à condition qu'elle paye. « Il insistait sur la rapidité de l'envoi de l'argent. Il m'assurait que le gouvernement canadien recherchait des profils comme le mien et que, plus vite, je donnais de l'argent, plus vite, je signais les différents documents et plus vite, j'obtiendrai ma résidence permanente ». Marie n'y voit que du feu. Elle s'endette auprès d'amis. Des meubles de la maison sont vendus. En tout, elle a versé 15 000 dollars à l'arnaqueur.

Selon Nicholas Avramis, consultant, dont la compagnie Beaver Immigration est installée en Afrique du Sud et certifiée par le Collège des consultants en immigration et en citoyenneté, les arnaqueurs se distinguent selon les méthodes. Quand certains s'accommodent d'un premier virement en cash avant de disparaître dans les limbes, d'autres promettent monts et merveilles. Des adresses sont identifiées dans les capitales d'Afrique francophone ainsi qu'à Toronto. Les documents - des faux qui créent l'illusion -, sont délivrés en temps et en heure. Comme ce fut le cas de Marie. « Une fois l'argent transféré dans mon pays puis au Canada, il m'a tout simplement bloqué de toutes les applications », se désole-t-elle.

Double peine

« Et puis il y a ceux qui se font passer pour du personnel de l'ambassade du Canada », grince Nicholas Avramis, « ils avancent que le dossier est entré dans le système, mais qu'il manque de l'argent pour compléter les frais de dossier. »

Des témoignages comme celui de cette mère de famille, Nicholas Avramis en a reçu 24 à lui seul depuis le début de l'année. Une donnée bien loin de la réalité selon lui. « Les victimes sont embarrassées. Les victimes savent que la procédure est louche et ils réalisent qu'ils auraient pu faire quelque chose d'illégal. Donc pourquoi aller se plaindre aux autorités ? »

La double peine. Aujourd'hui, Marie n'ose pas aller porter plainte. Endettée, elle appelle à la prudence et ne perd pas espoir. Un jour, peut-être, sa famille et elle s'envoleront pour le Canada.

*Nom d'emprunt

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