Afrique: Pr Amath Ndiaye, économiste - « Le Sénégal n'est pas le pays le plus endetté d'Afrique »

6 Juillet 2025

Le débat sur l'endettement du Sénégal continue de faire couler beaucoup d'encre. Avec un niveau de dette estimé à 119 % du Pib, le Pr Amath Ndiaye, enseignant à la Faseg, estime que bien que la situation soit préoccupante, le Sénégal n'est pas le pays le plus endetté du continent.

« Le Sénégal n'est pas le plus endetté d'Afrique, mais il cumule deux signaux d'alerte qui fragilisent sa position financière : une dette élevée par rapport au Pib et une charge d'intérêts écrasante par rapport aux recettes fiscales », affirme le Pr Amath Ndiaye, enseignant à la Faculté des Sciences économiques et de gestion à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Faseg Ucad). Selon lui, deux indicateurs essentiels permettent d'évaluer la soutenabilité de la dette publique : le ratio dette/Pib et le ratio intérêts/recettes fiscales.

L'analyse de ces deux ratios place le Sénégal dans une zone de risque élevé. Le ratio dette/Pib, à 119 % en 2024, dépasse largement les seuils de prudence recommandés pour les pays en développement. Le Fmi préconise un ratio de 60 % et les critères de l'Uemoa fixent la barre à 70 %. « Ce chiffre reflète l'accumulation rapide de la dette publique dans un contexte de déficits jumeaux (budgétaire et courant) et d'un accès limité aux financements concessionnels », souligne M. Ndiaye.

En Afrique, seuls quelques pays comme le Ghana, le Soudan ou l'Érythrée affichent un ratio supérieur. « Il s'agit d'une situation alarmante », constate l'universitaire. Par ailleurs, poursuit l'économiste, le ratio intérêts/recettes fiscales, qui se situe à 25,8 %, dépasse le seuil critique. « Ce ratio indique que plus du quart des recettes fiscales du pays est consacré uniquement au remboursement des intérêts de la dette sans réduire le capital emprunté. Ce seuil d'alerte est fixé entre 20 et 23 % par le Fmi et la Banque mondiale.

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À ce niveau, le Sénégal figure parmi les pays les plus exposés du continent, aux côtés du Ghana, du Kenya ou du Malawi ». Une telle charge empêche l'État de financer efficacement les services sociaux, les investissements publics et les politiques de relance. Pour le Pr Amath Ndiaye, la combinaison de ces deux facteurs appelle à des mesures urgentes, telles qu'un accord avec le Fmi, la maîtrise des déficits, une réforme fiscale et le recours à des financements moins coûteux.

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