Afrique de l'Ouest: Les Maliens approuvent la sortie de leur pays de la CEDEAO et misent sur l'AES pour la sécurité

Les Maliens approuvent la sortie de leur pays de la CEDEAO et misent sur l'AES pour la sécurité

Key findings

  • Plus de huit Maliens sur 10 disent être informés de la sortie de leur pays de la CEDEAO (83%) et de la création de l'AES (84%). o Parmi ceux qui sont au courant de la sortie de la CEDEAO, l'écrasante majorité (91%) des répondants disent approuver cette décision, dont 71% qui disent l'approuver « tout à fait ». o Parmi les Maliens qui sont informés de la création de l'AES, la grande majorité (88%) des répondants pensent qu'il est probable que l'alliance garantisse plus de sécurité dans la région, y compris 69% qui pensent que c'est « très probable ».
  • Près de neuf sur 10 citoyens maliens (87%) estiment que les besoins et les intérêts de leur pays sont reconnus de manière adéquate dans les décisions de l'AES. En comparaison, seulement la moitié (52%) disent la même chose de l'Union Africaine, et à peine 41% de la CEDEAO.
  • De larges majorités de Maliens disent approuver la sortie de leur pays de la zone « franc » et la création d'une monnaie nationale (92%), de même que la sortie du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la zone « franc » et de la création d'une monnaie commune aux trois pays (89%).
  • Huit Maliens sur 10 (82%) estiment que l'AES a une influence positive sur leur pays. En comparaison, seuls quatre sur 10 (42%) disent la même chose de l'Union Africaine, tandis que 70% perçoivent l'influence de la CEDEAO comme négative, tout comme près de la moitié (47%) pour celle de l'Union Européenne.
  • La majorité des répondants jugent l'influence de la Russie (88%) et de la Chine (79%) sur le Mali comme « quelque peu positive » ou « très positive ». Près de la moitié perçoivent également positivement l'influence de l'Inde (49%), tandis qu'ils ne sont que 40% à en dire autant des Etats-Unis d'Amérique. En revanche, une très large majorité (86%) considèrent l'influence de la France comme négative.
  • Sept sur 10 Maliens (72%) informés du conflit entre l'Ukraine et la Russie soutiennent la Russie dans cette guerre.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Ces dernières années, les relations entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger et la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) se sont fortement détériorées (Barry, 2025). Les sanctions imposées par l'organisation sous-régionale à la suite des coups d'Etat successifs dans ces pays - jugées par les critiques comme étant illégales, disproportionnées, inefficaces et/ou sous influences extérieures - ont nourri un sentiment croissant de rejet de la CEDEAO au sein des opinions publiques et des autorités nationales (Obasi, 2023 ; Asadu, 2024).

Les tensions politiques et les préoccupations sécuritaires partagées ont favorisé un rapprochement stratégique entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Le 28 janvier 2023, les trois pays ont annoncé leur retrait de la CEDEAO avant de créer, quelques mois plus tard, l'Alliance des Etats du Sahel (AES), un pacte de défense collective, d'assistance mutuelle et de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée (Institut d'Etudes de Sécurité, 2024).

Ce retrait laisse présager des conséquences pour les citoyens de tous les pays membres de la CEDEAO, telles que l'instauration de droits de douane, la remise en cause de la coopération régionale en matière de sécurité, des restrictions à la libre circulation (visas, cartes de séjour, frais de scolarité accrus), ainsi que le gel de projets d'intégration comme les corridors régionaux (Kpaye, 2024). Toutefois, l'ampleur de ces effets dépendra du maintien ou non du Mali au sein de l'Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), qui offre, grâce à l'union douanière, au tarif extérieur commun et à la libre circulation des biens, des services et des capitaux, plusieurs bénéfices en matière d'intégration économique (Fonds Monétaire International, 2024).

C'est dans ce contexte que les citoyens maliens adultes ont été interrogés sur les organisations régionales, les questions monétaires, ainsi que leurs perceptions géopolitiques, dans le cadre de la plus récente enquête d'Afrobarometer.

Les résultats révèlent un fort soutien des citoyens maliens aux récents choix géopolitiques de leur pays, marqué par un recentrage sur les alliances régionales et un éloignement des partenariats traditionnels avec l'Occident.

Parmi les plus de huit Maliens sur 10 qui déclarent être informés du retrait du Mali de la CEDEAO et de la création de l'AES, d'écrasantes majorités approuvent cette sortie et estiment que l'AES renforcera la sécurité dans la région.

La confiance dans l'AES dépasse largement celle accordée aux autres institutions régionales et internationales. La plupart des citoyens jugent son influence positive et considèrent que les intérêts du Mali y sont adéquatement pris en compte. L'image de la CEDEAO est particulièrement dégradée, avec sept sur 10 des répondants qui perçoivent son influence comme négative.

Sur le plan économique, les Maliens soutiennent massivement les projets de souveraineté monétaire. La quasi-totalité des répondants approuvent la sortie de leur pays de la zone franc et la création d'une monnaie nationale ou d'une monnaie commune avec le Burkina Faso et le Niger.

Ce réalignement stratégique se reflète également dans la perception des partenaires internationaux. La Russie et la Chine bénéficient d'une image très favorable. La France, quant à elle, est perçue négativement par une large majorité.

Enfin, sur le conflit en Ukraine, sept Maliens sur 10 qui en ont entendu parler déclarent soutenir la Russie, confirmant une tendance marquée de sympathie envers ce partenaire stratégique.

Ousmane Traoré Ousmane Z. Traoré is a permanent researcher at the Research Group in Applied and Theoretical Economics (GREAT).

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.